Editorial

Barack Obama et le grand récit américain

Le président a vraiment tout compris de son époque

Il y a quelques semaines, François Hollande se rendait au Salon de l’agriculture, une opération de communication majeure pour un homme politique français. De son côté, Johann Schneider-Ammann prononçait un discours sur le rire, quand Barack Obama recevait des jeunes à la Maison-Blanche pour la Journée de la science qu’il a instaurée. Le premier se montrait traqué par des nuées d’équipes de TV espérant le voir se faire couper la tête médiatiquement par les paysans, le second aura finalement été la risée du monde entier et le troisième a livré à la postérité un de ces moments uniques où la forme et le fond se rejoignent afin de délivrer un message inspirant pour des générations entières. C’est l’effet Barack Obama.

Lire aussi : Au gala des correspondants, Barack Obama cartonne

Quand une vieille garde abuse de vieilles ficelles, une nouvelle génération impose l’agenda et l’attitude qui collent aux changements du mode de vie. Ce week-end encore, le président américain a proposé une prestation éblouissante – piquante, drôle, intelligente – à l’occasion de sa dernière soirée des correspondants à Washington. «Potus» a décidément tout compris de son époque. Il a enterré le vieux concept de communication politique. Son ambition est bien plus vaste: il veut écrire un nouveau grand récit américain.

L’histoire jugera du bilan de ce président, mais le fait qu’il fasse partie intégrante de la culture populaire apparaît d’ores et déjà comme un des éléments de son succès. Quand Obama pleure la disparition de Prince, il n’a pas besoin de se forcer, car il connaît ses classiques. Ce diplômé de Harvard, qui assume avoir fumé des joints dans sa jeunesse, a tout de suite compris le changement de paradigme médiatique imposé par les réseaux sociaux. Grâce à Facebook, cet innovateur a gagné sa première élection, le Big Data lui a permis de remporter la seconde et rien n’indique que Snapchat ou toute autre trouvaille n’aurait pas pu lui assurer une troisième victoire si la Constitution le lui permettait.

Derrière lui, ce surdoué de la politique laisse un grand nulle part. Les républicains n’ont rien d’autre à proposer que du populisme trash et les démocrates n’ont pas su préparer la relève. La suite du grand récit américain attendra.

Publicité