En janvier 2009, dans l’euphorie de l’élection de Barack Obama, je me promettais de juger de sa présidence à l’aune d’un critère: fermera-t-il Guantanamo, la prison de la honte d’une Amérique tortionnaire qui concentrait encore 242 prisonniers? Huit ans plus tard, il reste 41 détenus dans l’enclave cubaine tenue par l’armée des Etats-Unis. La torture est désormais bannie, mais reste la tache, celle d’un pays en marge de la légalité internationale. Faut-il conclure à un échec?

Oui. Il y en a d’autres. Le principal étant l’incapacité du 44e président des Etats-Unis de ressouder un pays profondément divisé lors de son arrivée au pouvoir. Le pouvait-il? Au Missouri, le jour de son élection, j’écoutais un animateur radio rassurer ses auditeurs, persuadés de l’avènement de l’antéchrist. Cette élection fut vécue comme un traumatisme par les Américains qui s’enthousiasme aujourd’hui pour son successeur. Au ressentiment raciste persistant s’est ajouté le creusement des inégalités sur fond de crise économique.

Les Etats-Unis à nouveau debout

Le «miracle» de son élection, celle d’un métis dans un pays encore ségrégué dans les têtes, a été suivi d’un autre: il n’a pas été assassiné. Aux miracles, beaucoup d’Américains ont voulu croire: celui d’un pays post-racial, sans guerre, plus équitable. Il n’y en a pas eu. Les intonations parfois de prêche religieux de Barack Obama – voilà une autre source d’irritation – auraient pu faire croire le contraire. C’était un malentendu. Tout en tenant un discours d’espoir, ce président n’a cessé de mettre en garde contre les attentes d’un changement radical.

Et pourtant, des changements il y a en a eus. Barack Obama a remis sur pied les Etats-Unis. Président du verbe – même s’il est un piètre communicateur – et de l’action, il a redressé un pays menacé de ruine à son arrivée à la Maison Blanche. Ruine économique et financière, ruine des infrastructures, ruine morale surtout après une guerre absurde menée sur la base d’un mensonge. Huit ans plus tard, l’économie s’est spectaculairement redressée et l’image du pays dans le monde est bien plus positive. Les Etats-Unis sont-ils moins puissants? C’est ne rien avoir compris à la dynamique d’émergence de grand pays comme l’Inde, la Chine, le Brésil ou la Russie que de l’affirmer. Le rééquilibrage du monde est en cours, inévitable.

Convictions et inflexions

Cette dynamique, Barack Obama l’a accompagnée par conviction qu’un monde multipolaire, encadré par des règles internationales, serait meilleur pour tous. Le leadership américain, il l’a d’abord mis au service d’une diplomatie multilatérale, l’accord sur le climat étant sa principale réussite. Cela ne l’a pas empêché de rester prisonnier de jeux d’alliance dont la première puissance mondiale est le garant: beaucoup trop de bombes américaines ont continué de pleuvoir sous la présidence d’un Prix Nobel de la paix un peu trop vite attribué. Le Proche-Orient lui a échappé. Mais qui peut se targuer d’avoir réussi dans cette poudrière? Des inflexions, il y en a pourtant eu: en renouant avec Cuba, Barack Obama a transformé la relation des Etats-Unis avec l’Amérique latine. Dans le Pacifique, plusieurs gestes hautement symboliques de réconciliation ont renforcé le crédit des Etats-Unis. L’accord nucléaire iranien fut un grand moment de négociation, en parfaite entente avec l’Europe, la Russie et la Chine.

Les lois et le message

Barack Obama a surtout transformé son pays. Malgré un Congrès retranché dans une guerre totale à ses politiques durant six des huit années de sa présidence – avec deux menaces de «shutdown» budgétaire – il est parvenu à faire passer nombre de lois destinées à mieux répartir les richesses. L’Obamacare est la plus emblématique. Ces mesures commencent à déployer leurs effets et, pour la première fois en huit ans, le revenu moyen des ménages augmentait l’an dernier.

Plus que ces lois, souvent imparfaites, c’est le message réformiste et profondément tourné vers l’avenir de Barack Obama qui laissera une trace. Il restera comme une source d’inspiration pour les générations à venir. En cela, il est un grand président, comme le fut Ronald Reagan pour avoir tendu la main à Mikhaïl Gorbatchev. Avec le recul, celui de mon demi-siècle d’existence, c’est même clairement le plus respectable.

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