Revue de presse

Barbara Bush, la mort de la reine mère des Etats-Unis

Disparue mardi, la matriarche de la bien connue dynastie politique était célèbre pour son sens de la rigueur et sa loyauté. Une figure très populaire qui ne mâchait pas ses mots et défendait bec et ongles ses proches – deux présidents américains, quand même

Si les Etats-Unis étaient une monarchie, elle en eût été la reine mère, comme s’amusaient à le dire les Américains: Barbara Pierce Bush, épouse de l’ancien président américain George H. W. Bush et mère de l’ancien président George W. Bush, est donc décédée mardi. C’est ce que dit le communiqué diffusé par le porte-parole de son mari, Jim McGrath, qui avait déjà fait savoir dimanche qu’elle avait décidé d’arrêter son traitement médical et de recourir à des soins palliatifs.

Flash-back. Quelques mois avant l’élection présidentielle de 1992, le Journal de Genève et Gazette de Lausanne avait envoyé son correspondant à la Convention républicaine de Houston qui devait reconduire le républicain sortant, George H. W. Bush, à la candidature contre le démocrate Bill Clinton. On sait ce qu’il en advint ensuite. Mais déjà, à l’époque, le quotidien disparu disait qu’«un des principaux atouts du président» était sa femme Barbara, connue pour avoir aussi refusé une danse au très maladroit Boris Eltsine – le successeur de Mikhaïl Gorbatchev à la tête de l’URSS, puis de la Russie – pour ouvrir le bal à la Maison-Blanche, en juin 1992.

Avec ses cheveux blancs, ses yeux rieurs, son charisme chaleureux, la First Lady est de très loin le personnage le plus populaire dans l’entourage présidentiel

«Populaire», certes, mais aussi inflexible. Car un peu plus d’une année auparavant, le même journal relatait qu’elle souhaitait voir Saddam Hussein «pendu pour crimes de guerre», juste après la fin de la guerre du Golfe, déclenchée par l’invasion et l’annexion du Koweït par l’Iraq et qui avait opposé au satrape qui gouvernait ce pays d’une main de fer une coalition d’une trentaine de nations emmenée par les Etats-Unis. L’histoire montrera, quinze ans plus tard, qu’elle avait «vu juste».

Aujourd’hui, le New York Times, ainsi que l’ensemble des sites de presse états-uniens ce mercredi matin, la considère surtout comme «l’épouse très admirée d’un président et la mère férocement loyale d’un autre». «Dédiée à sa famille et largement indifférente au glamour», elle avait «minimisé son rôle dans le succès politique de son mari. Mais elle était une alliée astucieuse et précieuse, devenant une oratrice recherchée» dans les grandes occasions. Comme le parangon de la classe lettrée américaine, subtile, généreuse et parfois très perfide avec ses ennemis. Le quotidien raconte aussi qu’«à l’époque, son épouse conservait précieusement» – et à l’aide de «fiches», précise Le Figaro – «le contact de chaque personnalité qu’ils rencontraient, construisant ainsi un réseau important. Si dense que le duo le maintiendra tout au long de sa vie.»

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Selon Paris Match Belgique, Barbara Bush était le «pilier de l’une des familles les plus puissantes d’Amérique» et «une figure respectée qui défendait farouchement son clan». Le dirait-on de la bague ou de la cravate d’un homme?, mais, avec son «collier de perles» et son «style guindé», elle a su «faire évoluer son image […] pour devenir «la Première Grand-Mère» de l’Amérique. Et elle était aussi connue pour son ton parfois acerbe et les piques acérées qu’elle n’hésitait pas à lancer pour défendre sa famille, et plus particulièrement son époux.» Elle l’accompagnait d’ailleurs dans toutes les grandes occasions, soigneusement choisies parmi celles qui pouvaient servir ses grandes causes humanistes, son esprit très religieux et son sens développé de la place to be:

C’était «la matriarche d’une dynastie politique», dit de son côté le Washington Post, à propos de celle qui est restée sous les feux de la rampe pendant un demi-siècle de l’histoire des Etats-Unis et dont le fils aîné, «Double You», a dit d’elle qu’elle fut «une fabuleuse première dame et une femme comme aucune autre, qui a apporté la légèreté, l’amour et l’alphabétisation à des millions de personnes. Mais pour nous, elle était tellement plus. Maman nous a appris la droiture dans nos bottes et nous a fait rire jusqu’à la fin.»

Un certain sens de l’humour, oui. Doublé d’une très grande franchise, comme s’est amusé à le montrer USA Today en rassemblant «quelques-unes de ses citations les plus mémorables». Décrivant Geraldine Ferraro, par exemple, l’opposante de son mari à la vice-présidence en 1984: «Je ne peux pas le dire, mais ça rime avec rich», faisant sans doute allusion aux «réceptions de Monsieur l’ambassadeur». Elle s’en est d’ailleurs «excusée» plus tard en disant qu’elle avait le mot witch (sorcière) à l’esprit. Finaude, elle avait aussi donné ce conseil à la fraîche émoulue première dame Hillary Clinton en 1992: «Evitez cette foule comme la peste, et s’ils vous citent, faites en sorte qu’ils vous entendent.»

Le Boston Globe utilise lui aussi le terme de «matriarche» pour décrire une femme qui «a porté ses rides avec fierté, plaisantant en voyant des couvertures de magazines où il lui semblait qu’elle avait «oublié de repasser» son visage. «Si peu de vanité a contribué à sa grande popularité. Si l’image de sa prédécesseure immédiate, Nancy Reagan, avait été celle d’une Marie-Antoinette américaine, Mme Bush représentait une forme de reine mère, de style très monarchique mais aimable.» Et pas toujours à l’abri d’une gaffe, comme celle proférée lors de l’ouragan Katrina, qui laisse un goût très amer sur Twitter et le souvenir d’une femme «raciste»:

Elle laissait aussi «entendre que ses opinions politiques ne coïncidaient pas systématiquement avec celles de son mari. Elle a par exemple défendu le droit à l’avortement – «Je déteste cela, mais ce peut être le libre choix de quelqu’un d’autre», a-t-elle écrit dans ses Mémoires, Barbara Bush: A memoir. Où elle apparaît qu’elle était aussi pour une interdiction des armes à feu» au sein de la population bien avant que s’en mêle le couple Obama.

Au Texas, qui est le fief de la famille Bush, les Dallas Daily News écrivent qu’elle avait parfaitement compris «le rôle symbolique de la First Lady», en accordant toute son attention – comme Lady Di – à des «patients atteints du sida là où l’on manquait de volontaires» et où cette nouvelle maladie suscitait les pires craintes. Elle avait par exemple «tenu un bébé séropositif dans ses bras et étreint un adulte atteint du sida». Son message, c’était: «Il est sans risque de toucher ces personnes et c’est notre devoir que de les aider.»

Le Figaro Madame précise enfin qu’elle a publié deux ouvrages sur… les chiens du clan Bush (Millie’s Book, publié en 1990, et C. Fred’s Story), «qu’elle considérait comme des membres à part de la famille». Et qu’«en janvier 2001, avec l’arrivée de son fils George W. Bush à la Maison-Blanche», elle était «devenue la seconde femme de l’histoire à avoir été successivement première dame et mère du président» en exercice – après Abigail Adams (1764-1818).

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