Ce n'est pas un petit tour de verrou qui est proposé aujourd'hui aux sénateurs. Mais un alignement sur les politiques européennes les plus dures en matière d'asile, y compris dans des dispositions dont l'application est encore incertaine là où elles ont été adoptées.

La justification de ces mesures est simple: la Suisse doit diminuer son attractivité pour ceux qui fuient la misère et l'insécurité de leur pays d'origine. C'est un objectif raisonnable et même honorable. Toute la question est de savoir s'il peut inspirer seul la politique d'asile. Et à quel prix on se propose de l'atteindre.

Sur ce deuxième point de sérieux doutes ont été soulevés dans les dernières semaines. Juridiques d'abord: la Constitution fédérale protège en principe le droit de tous à la subsistance. Politiques ensuite: la Suisse veut-elle vraiment faire œuvre de pionnier en matière de démembrement de la Convention de 1951 sur les réfugiés? Et, plus simplement, moraux. Les mesures proposées correspondent-elles à l'idée que nous nous faisons de la dignité humaine, de notre propre dignité?

Il s'agit de questions graves qui méritent, à tout le moins, un débat serein.

Or pour le moment, ce débat a été soigneusement escamoté. C'est au forceps que Christoph Blocher a introduit ses propositions de durcissement, contre de nombreuses oppositions, dans le processus législatif. C'est au pas de charge que la commission des Etats les a traitées – et renforcées. Le tout s'est déroulé dans un climat d'urgence que rien ne justifie: jamais depuis 1987 la barque n'a été aussi vide.

La pression est venue d'ailleurs. De l'UDC, dont la propagande simpliste a largement contribué à abaisser le débat à un niveau proche du zéro absolu. De Christoph Blocher, qui a joué savamment de la volonté des autres partis de droite de se débarrasser aussi vite que possible d'une problématique empoisonnée où ils ne discernent que des coups à prendre. Aujourd'hui, ces derniers ont le choix. Continuer dans une débandade honteuse. Ou reprendre leur liberté de décider selon leurs valeurs propres.

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