Ainsi donc, et comme on le prévoyait, le Conseil fédéral a décidé mercredi de revenir «à la normale». Les cantons assumeront à nouveau toute la responsabilité pour protéger la population du coronavirus. Les dernières mesures sanitaires en vigueur sont levées ce vendredi 1er avril – et ce n’est pas un poisson pourri –, l’isolement de cinq jours pour les personnes infectées tombe et le port du masque dans les transports publics et les établissements de santé n’est plus obligatoire.

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Les cantons de Genève, de Berne et du Valais ont, eux, décidé de maintenir le port du masque dans les lieux qui accueillent des personnes fragiles. Mais pour le simple pékin, vous ou moi, qu’en est-il? Est-ce bien raisonnable, dans le fond, de «lâcher la bride»? L’épidémiologiste Antoine Flahault, dans le Forum radiophonique de la RTS, s’est montré quelque peu sceptique, vu les risques que comporte le covid long pour les gens vulnérables qui seront probablement infectés dans des lieux trop clos où le masque sera abandonné.

Ce, d’autant que les utilisateurs des transports publics «ont de plus en plus de peine à respecter le port du masque et sa contrainte principale de cacher le nez, relève LeMatin.ch. La situation est de plus en plus difficile à gérer pour le personnel des trains, où l’indiscipline et surtout le ras-le-bol se font sentir.» Un internaute répond d’ailleurs à ça que «le fait que le simple port d’un masque entraîne un «ras-le-bol» et une résistance à son port sur le nez, cette société est vraiment foutue. On ne parle même pas de fermer des restaurants, de se faire vacciner ou de fermer des frontières… On demandait seulement de porter un masque dans les transports!»…

… Triste humanité égoïste à l’horizon mental bien court

Réponse immédiate d’un autre: «Mais que les personnes fragiles et vulnérables continuent à le porter comme dans les magasins de leur propre chef. Je suis vulnérable et mets un masque dans les endroits pleins de monde, mais laissez les autres tranquilles, maintenant, et protégez-vous et, surtout, désinfectez-vous les mains, car c’est la base!»

Voilà qui est dit. Le Dr Pittet applaudira: «Quand on voit la cata dans les magasins! Passe tout droit, la majorité»… Et regardez un peu autour de vous en cas de forte promiscuité chez Migros, les masqués n’ont plus vraiment la cote dans les yeux des «libérés» qui se prennent en selfie devant les vitrines:

Dans son éditorial, LeMatin.ch écrit pour sa part que «dorénavant, nous allons un peu oublier ces mots qui nous ont accompagnés durant cette période: cluster, cas contact, solutions hydroalcooliques, syndrome respiratoire aigu sévère, chloroquine, distanciation sociale, asymptomatique, présentiel, comorbidité, geste barrière, test PCR, vaccin ARN, protéine Spike, Omicron ou quarantaine. Mais nous allons garder la formule «Prenez soin de vous», car elle peut encore servir.»

Alors, «la fin du masque dans les transports», où «neuf fois sur dix, c’est plein à craquer», est-ce une bonne ou une mauvaise idée? A Genève, Radio Lac a promené son micro, et «les avis sont contrastés». Aussi contrastés que cette chronique parue dans La Presse, au Québec, qui émet «un souhait, pour la suite des choses, alors que la fin du masque obligatoire dans l’espace public approche»:

Que ceux qui décideront de continuer à le porter ne se fassent pas emmerder

Pourquoi? Parce que «le port du masque a été tellement diabolisé par les opposants aux mesures sanitaires» que ce média a «des craintes pour la quiétude de ceux qui vont continuer à le porter pour se protéger. Si vous avez des traitements de chimiothérapie, si vous avez la maladie de Crohn, si vous vivez avec la sclérose en plaques, vous êtes – à divers degrés – immunodéprimé. Un virus peut vous affecter bien davantage que la moyenne des ours. Et la dernière chose dont ces gens vulnérables ont besoin, […] c’est de se faire écœurer par les crinqués qui, hier, se filmaient en live sur Facebook en train de se faire expulser […] parce qu’ils refusaient de porter le masque.»

20 Minutes relève aussi que «des voix s’élèvent désormais, notamment sur les réseaux sociaux, pour demander de réserver des wagons de train où le masque resterait exigé afin de mieux protéger les personnes vulnérables. Une telle mesure n’est pas à l’ordre du jour, répondent les CFF.» Et là aussi, les lecteurs de l’article s’empoignent. «Qu’est-ce qui empêche les personnes vulnérables de continuer à porter le masque dans les transports publics et espace avec forte affluence? RIEN! s’exclame l’un. Je porte le mien dans les lieux très fréquentés, [mais] chacun fait comme il veut! C’est ce que l’on appelle la liberté de ces choix. Je ne l’impose pas aux autres, et ça va très bien ainsi.»

«La vie doit reprendre»

«Pourquoi réserver un ou des wagons pour les masques…? répond un autre. Déjà quand il y a du monde, y a pas de place. Ceux qui veulent garder le masque, eh ben qu’ils le fassent et laissent vivre ceux qui ne veulent pas le mettre. […] On doit vivre avec ce virus. Arrêtons de s’alarmer. La vie doit reprendre.» Il y a une semaine, un sondage de la radio alémanique SRF révélait également que 50% des gens interrogés disaient vouloir continuer à porter le masque dans les transports publics, contre 25% qui l’abandonneraient et un dernier quart qui le mettrait de cas en cas, selon l’affluence.

Le site Watson.ch publie enfin un article intéressant qui se conclut par ces mots sages: «On a tendance à l’oublier, mais il faut un certain courage pour apprivoiser toute espèce de liberté, aussi désirée soit-elle. Le philosophe Frédéric Gros l’analysait déjà dans son bouquin Désobéir: «C’est confortable de se dire qu’on n’avait pas le choix. Un des secrets de l’obéissance, c’est qu’obéir nous permet de déposer auprès d’un autre le poids de cette liberté trop lourde à porter.» Et cet «autre», pour les Suisses, ce fut Alain Berset»…

… Dans la vie (privée, sociale ou professionnelle), il est parfois plus commode de pester contre une autorité un brin envahissante que de se débrouiller sans elle

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