San Francisco s’éveille (4/6)

Baseball, jeu de rencontres

Lors d’un match du sport favori des Américains, l’important n’est pas au centre du stade

Dans le cadre d'une série d'articles, Le Temps raconte, depuis San Francisco, les innovations à venir dans les domaines scientifiques, technologiques ou culturels. Nos journalistes parcourent la ville, la Silicon Valley et la Californie pour découvrir les nouvelles tendances au coeur de ce laboratoire mondial de l’innovation.

Le rendez-vous était donné dans un park, pour y pique-niquer avant un match qui opposait les Athletics d’Oakland aux Yankees de New York. C’était mon premier match de baseball. J’y suis allée par pure curiosité. Et ma curiosité en a eu pour son argent.

D’abord, le park n’était pas cet endroit vert avec des pelouses et des arbres. C’était le diminutif de «parking». Une immense surface d’asphalte surchauffé au soleil et à la fumée des grils installés devant les voitures sous l’enceinte du stade. Il y a des endroits plus idylliques pour un barbecue américain mais sûrement pas plus exotiques.

Et ils étaient nombreux à en profiter, en famille ou entre amis. Ils avaient raison. Un match de baseball peut durer plus de trois heures et les fast-foods des tribunes sont chers. Mais il y avait aussi une autre explication.

Bières, tacos et repas de famille

Le pique-nique faisait partie d’un rituel social autour du baseball, un rituel dans lequel la batte et la balle ne jouaient qu’un rôle secondaire. Je l’avais compris après un bon bout de match quand, lassée de suivre la trajectoire d’une minuscule tache blanche entre une poignée de bonhommes de la taille d’un crayon, j’ai prêté toute mon attention à mes voisins de tribune.

Le lanceur des Yankees enchaînait les erreurs. Les deux filles à côté de moi, qui se parlaient sans interruption, sont parties chercher une bière. Leurs shorts courts et casquettes coquettes n’ont pas manqué de retenir le regard des garçons assis plus haut. La conversation a doublé de participants et de volume.

Oakland menait toujours. Le père de famille dans la rangée devant moi est revenu avec des tacos et autres burritos. Pendant que les Yankees essayaient de retourner la situation, quelque chose qui ressemble plus à un repas de famille qu’à un encas de supporteurs détournait mes yeux du terrain. Il y avait même une grand-mère qui participait au repas mexicain avec ses petits-enfants au stade.

Pas de perdants

Les Yankees ont remporté une manche. Le soleil tape très fort. Au passage d’un vendeur ambulant, j’hésite à dépenser une fortune pour un verre de liquide couleur marshmallow dans un tas de glaçons. Le père de famille va en chercher pour les siens et tombe sur un vieux copain. Les retrouvailles leur font oublier les lancées d’Oakland pour un moment. Tout autour, plein d’autres gens discutent un verre à la main en suivant distraitement l’action sur le terrain.

Ce soir-là, Oakland a gagné. Et moi j’ai réalisé que du côté des spectateurs, dans ce jeu, il n’y avait pas de perdants dès lors qu’on passait un bon moment.

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