Toute campagne électorale est marquée par des moments susceptibles de faire basculer une élection. L’échange entre les candidats Mitt Romney et Barack Obama sur la tragédie de Benghazi, mardi soir lors du deuxième débat présidentiel, est de ceux-là. L’administration démocrate a géré de façon très approximative le raid d’islamistes libyens ayant tué quatre Américains, dont un ambassadeur. Vulnérable, le président démocrate a coupé court à toute esquive, assénant avec une détermination et une autorité qui lui avaient mystérieusement fait défaut lors du premier débat: «En tant que président, je suis personnellement responsable.» Sa réplique a désarçonné son rival républicain.

L’épisode paraît anecdotique, mais il est révélateur de la manière dont les deux candidats à la Maison-Blanche se présentent aux Américains dans les dernières semaines d’une joute électorale très serrée. Barack Obama joue la carte de l’authenticité. Il reconnaît que son premier mandat ne s’est pas soldé par une amélioration suffisante de l’économie, que certaines de ses promesses n’ont pas été tenues, mais que les progrès sont là, indiquant une direction. Son discours «vérité» comprend néanmoins une grosse lacune: par un excès de pragmatisme électoral, il refuse de parler des indispensables réformes de Medicare et Medicaid, des assurances maladie étatiques qui plombent des budgets déjà fortement déficitaires.

Mitt Romney fait presque de ses 25 ans d’expérience dans le secteur privé un argument suffisant pour convaincre une Amérique qui doute. Néanmoins, le républicain est incapable de détailler son vague plan en cinq points censé réduire les déficits et relancer l’économie. Pourtant, le principal handicap de Mitt Romney n’est peut-être pas là, mais dans l’impression qu’il laisse d’un candidat prêt à se renier pour accéder à la Maison-Blanche. Son récent recentrage, logique après des primaires difficiles, aurait dû lui procurer un avantage stratégique majeur, en lui permettant d’empiéter sur les terres du président. Or, il a produit un effet secondaire potentiellement dangereux. Les Américains se demandent désormais: «Qui est Mitt?» Inconsistant sur des thématiques aussi essentielles que l’avortement, la santé ou l’immigration, le républicain risque de faire de l’authenticité et de la confiance des facteurs aussi importants que l’état de l’économie.