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Le Dongdaemun Design Plaza.
© Jonas Pulver

Corée graphie

Le bâtiment qui n’avait pas de forme

Asymétrique, atypique et prompt à égarer le visiteur, le Dongdaemun Design Plaza de Séoul a fait forte impression sur notre chroniqueur. Un jalon emblématique dans la carrière de l’architecte Zaha Hadid, disparue il y a cinq mois

De loin, on dirait une goutte d’aluminium, exempte de toutes fenêtres, posée entre les lignes verticales du centre-ville de Séoul. Et puis, à mesure que l’on marche, le bâtiment révèle son enveloppe massive et voluptueuse, moitié colline, moitié carapace. Un galet démesuré, poli à la perfection, qui semble assoupi sous ses 45’000 panels perforés, munis d’éclairages LED.

On s’imagine en avoir saisi le principe, mais déjà la façade se laisse aspirer dans un vortex vertigineux au travers duquel on aperçoit le square qui occupe l’autre versant. De là-bas, en remontant la coulée verdoyante qui mène sur le toit, on accède à l’une des entrées principales du Dongdaemun Design Plaza (DDP, disent les connaisseurs). Contempler l’écume du ciel coréen. Se sentir au sommet d’une vague. Architecture fluide.

Le génie de Zaha Hadid, disparue il y a cinq mois, tenait dans cette capacité à rendre liquide et insaisissable des infrastructures de très grande ampleur. Inauguré en 2014 comme le nouveau symbole du dynamisme séoulite, le DDP déploie 85’000 mètres carrés dédiés au design, à l’art et à la consommation. Le bâtiment traduit surtout le solstice de l’architecte irako-britannique, réputée pour avoir souvent fait passer l’emphase du geste avant la fonctionnalité et la maîtrise des coûts. Le DDP prête lui aussi le flanc à ce genre de critique. Malgré les 450 millions de dollars dépensés, l’agencement des quatre étages conserve quelque chose de laborieux et d’anti-ergonomique. On a la sensation de perdre tous ses repères dans ce vaste labyrinthe blanc à la signalétique anémique.

En fait, le DDP justement semble conçu pour résister au visiteur, presque pour en prendre possession par le jeu de l’égarement. Sa forme extérieure, asymétrique et fuselée, conserve quelque chose d’inconcevable dans sa totalité. A l’intérieur, ce procédé de désorientation atteint son paroxysme dans le corridor immaculé qui glisse de haut en bas du bâtiment à la manière d’une interminable rampe piétonne.

Samedi dernier en début de soirée, ces quelques centaines de mètres accueillaient des flâneurs épars mais investis. Deux petits garçons jouent au beach tennis en faisant crisser leurs semelles de caoutchouc, sous le regard d’un vieil homme immobile. Dans l’intimité d’une courbe, un jeune couple enlacé jette des œillades furtives. Abstraite du monde, rendue elle-même, la beauté banale de ces saynètes saute au visage. J’ignore la fonction exacte de ce corridor désert et démesuré. Mais j’en suis sorti étrangement transformé.

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