Un nouveau cran dans l’escalade de la terreur a été franchi avec la chevauchée sanglante du camion kamikaze de Nice. Un homme seul a pu tuer plus de 80 personnes – comme, il y a un mois, un tireur isolé avait abattu 49 clients d’une discothèque d’Orlando en Floride. L’attentat individuel rejoint le terrorisme de masse, et cette évolution ouvre une perspective vertigineuse. Celle d’une guerre sans fin menée à l’intérieur même de nos sociétés par des êtres aigris, perdus, fanatisés au point d’en devenir des dangers mortels.

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Un adage sécuritaire israélien veut que le terrorisme ne soit pas un «puit sans fond». En d’autres termes, par une lutte suffisamment méthodique, implacable et longue, il doit être possible d’assécher le réservoir de tueurs potentiels jusqu’à ce qu’il n’en reste plus. Mais comment y parvenir quand, comme en France, ce réservoir peut contenir des dizaines de milliers d’individus aux profils changeants (fichés ou non, Français ou étrangers, maghrébins ou pas, pères de famille ou jeunes en rupture, etc.)?

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Gagner dans les têtes

Seule certitude, la lutte à mener sera multidimensionnelle. L’Etat islamique – pour autant qu’il soit l’inspirateur du carnage de Nice – n’est qu’une partie de l’équation. L’Occident gagnerait certes à clarifier ses buts de guerre sur le théâtre syro-irakien. Mais il doit surtout mener le combat en son sein, car c’est de là que sortent la plupart des terroristes de la nouvelle génération.

L’école, le monde du travail, l’intégration sont des théâtres importants. Mais au final, cette bataille ne peut se gagner que dans les têtes. Ce qui pose la question essentielle: pourquoi nous battons-nous? Au nom de quels idéaux? Quel message peut désamorcer le venin idéologique du djihadisme?

Les terroristes, eux, savent quelle est leur cause. Mélange de théocratie apocalyptique et de romantisme révolutionnaire, elle s’est révélée être une puissante inspiration à commettre le pire, y compris pour des individus sans attaches matérielles avec les groupes djihadistes. Mais nous, qu’avons-nous à offrir? Nous ne le savons plus vraiment, ou plus assez. C’est une faiblesse dangereuse face à un ennemi implacable.

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Longtemps, l’Occident a assis sa supériorité sur un idéal de raison et de progrès qui affranchirait l’humanité et l’élèverait à un degré de dignité supérieur. Mais cette promesse s’est effritée avec la crise du libéralisme, le sentiment prégnant de vivre dans un monde absurde et laid, le déclin du progressisme de gauche qui était, à sa façon, un prolongement des valeurs des Lumières.

Il y a désormais urgence à revitaliser ce projet. A lui redonner sa dimension universelle, s’adressant à toute l’humanité sans distinction. C’est l’une des clés qui permettront de tenir bon, et de remporter le combat mental et moral contre le terrorisme.

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