On parle d’un temps quasi mythique, où la séparation des Beatles fait partie de la légende, autant que la décennie qui les vit triompher dans le monde entier. Mais elle a été compliquée. En 1966, les Beatles avaient déjà stoppé leurs tournées démentielles. Puis survint la mort de Brian Epstein, leur manager, en août 1967, qui les a conduits dans des méandres financiers et juridiques conflictuels. L’arrivée de Yoko Ono dans la vie de John Lennon en mai 1968 et son intrusion dans les studios d’enregistrement n’a ensuite rien arrangé.

Outre les problèmes contractuels, les Fab Four commencent à diverger sur leur vision artistique. Temporairement, ils claquent la porte du quatuor l'un après l'autre. Ils sont gagnés par l’animosité, les différends personnels qui déchirent surtout les deux leaders, McCartney et Lennon – qui «démissionne» en septembre 1969 –, les conflits juridiques, les vacheries qu’ils se lancent à la figure.

Et Sir James Paul finit par reconnaître publiquement les événements qui tirent des larmes de désespoir à des millions de fans, dans une interview donnée deux mois plus tard, avant l’annonce officielle de la fin des Beatles dans un communiqué de presse accompagnant la sortie de son premier album solo, peu sobrement intitulé McCartney:

On est le 10 avril 1970. Il y a un demi-siècle. Lennon «s’est lancé dans une campagne en faveur de la paix mondiale», complète la Gazette de Lausanne du même jour. Il faut dire qu’on est en pleine guerre du Vietnam et, au Nigeria, la situation est tout aussi tragique. Cinq mois plus tôt, John Lennon a déjà «renvoyé à la reine» – la même qu’aujourd’hui! – «son titre de Member of The British Empire en guise de protestation contre l’attitude» d’une Grande-Bretagne qui appuie la politique américaine en Asie du Sud-Est «et celle du gouvernement fédéral nigérian contre les sécessionnistes biafrais» qu’ils affament, dit encore la Gazette du 26 novembre 1969.

Quant aux trois autres Beatles, qui ont été également distingués «pour services rendus au commerce extérieur britannique», malgré la moue de quelques traditionalistes émus face à «ce qu’ils considéraient comme une vulgarisation exagérée»? «Ringo Starr, 29 ans, est devenu vedette de cinéma, George Harrison, de son côté, s’engageant dans la production de disques». Et «Paul McCartney, âgé de 27 ans, s’est marié. Il se «range des voiturettes», dans une famille qu’il dit lui apporter davantage de bonheur que les trois autres «Fab».

The End est parue sur l’album Abbey Road en septembre 1969. Composée par Paul, mais tout de même créditée Lennon/McCartney, elle constitue le huitième et dernier titre du fameux medley à la fin de l’album. Tel que son nom l’indique, c’est le dernier titre du dernier album enregistré par les Beatles:

Oh yeah, all right/Are you going to be in my dreams/Tonight?/And in the end/The love you take/Is equal to the love you make

Le 20 avril, la Gazette toujours, sous la plume de Laurent Bonnard, parle de la mue… capillaire des Beatles à la une. Celle-ci n’aurait «rien de particulièrement troublant» si elle ne survenait «au moment de la dissolution du célèbre groupe anglais», commente le journaliste vaudois, qui se livre à un morceau de bravoure rédactionnelle pourtant plein de doutes:

Une année après la fin, comme les cheveux, «l’empire des Beatles tombe en morceaux», titre la Gazette de Lausanne du 13 mars 1971. Leurs «affaires détenues en association» sont liquidées par la Haute Cour de Londres, «à l’issue d’un procès spectaculaire de onze jours qui a passionné l’opinion publique britannique», et bien au-delà: McCartney versus ses trois ex-compagnons multimillionnaires, en livres sterling. Mais le 27 avril, le quotidien vaudois annonce que «la guerre est finie», le différend réglé à l’amiable en appel.

McCartney grand vainqueur

McCartney, toujours lui, obtient «doublement gain de cause», avec l’administrateur qu’il voulait à la tête de la compagnie Apple Records, label fondé par les Beatles en 1968, et la totalité des frais du procès payée par les trois autres, évaluée «à la bagatelle de 100 000 livres». Ce, «jusqu’à la répartition du capital entre les quatre musiciens». Alors que les Wings entament la carrière internationale que l’on sait et que le musicien collaborera ensuite avec un nombre incalculable de vedettes, d’Eric Clapton à Kanye West, en passant par Stevie Wonder.

En 1980, John Lennon est mort assassiné à New York, et le «peace and love» avec lui. George Harrison fait la une de Time Magazine pour la deuxième fois, juste après sa disparition, en décembre 2001. La reine Elisabeth II anoblit Ringo Starr au rang de chevalier en 2018, pour services rendus envers la musique et ses œuvres de charité. Quant à Paul McCartney, il est décoré une seconde fois, pour couronner «sa contribution durable à la musique au Royaume-Uni et dans le monde entier».


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