Cet été, notre chroniqueuse part à la rencontre de ces Romands et Romandes fans d'artistes d'un autre temps. Une adoration anachronique aussi surprenante que révélatrice de tranches de vie. Retrouvez tous les épisodes.

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C’est un virus féroce, contagieux, incurable. Et la famille Gilliéron, une preuve clinique irréfutable: tous ses membres ont attrapé une forme aiguë de Beatlemania. S’inviter dans leur maison de Vernier s’apparente d’ailleurs à une incubation express: Laurent, le papa, nous ouvre la porte en t-shirt de fan, puis on s’attable sur fond de Lady Madonna – l’un des nombreux hymnes familiaux.

Plus qu’un virus, un gène, identifié d’abord chez Laurent. Il a 4 ans lorsqu’il découvre les Britanniques sur un… jukebox valaisan, dans les années 1960, à qui il réclame inlassablement Yellow Submarine. Plus tard, il révise son anglais sur Sgt Pepper, arbitre du tennis pour s’offrir des 33 tours et, subjugué par leur sens de la mélodie, ne lâchera plus les Beatles. Même après leur séparation en 1969.

Devenu bluesman et père trois fois, il voit sa fièvre se transmettre. «Une des activités favorites des enfants consistait à descendre dans mon bureau et écouter des vinyles.» Immédiatement, les Beatles accrochent leurs jeunes oreilles. «Des sonorités brutes et émotionnelles, comme dans des rêves», résume Antoine, 27 ans, représentant de la deuxième génération.

En voiture, les rockeurs de Liverpool remplacent Henri Dès et, petit à petit, se muent en religion chez les Gilliéron. Qui accumulent les compilations, les études de musicologie, bref, «tout ce qu’on pouvait», rigole Laurent. «A Noël, on s’est un jour offert le même bouquin sur McCartney!»

Une ferveur que chacun vit à sa manière: l’aînée, Marie, dévore les biographies du groupe, Antoine plaque leurs accords impossibles sur sa guitare et Juliette, la cadette, s’est lancée dans des posters faits maison puis un compte Instagram dédié à leur esthétique sixties.

A table, puis dans leur groupe WhatsApp, ces Fab Four genevois partagent leurs dernières trouvailles quand ils ne débattent pas de leur Beatle préféré. Si Ringo a les faveurs de Juliette, pour Laurent le géant reste McCartney. Qu’ils devaient aller voir ensemble en concert l’an dernier, avant que le covid n’en décide autrement. Ce n’est que partie remise: le virus des Beatles, on le couve «pour la vie». Et si les enfants sont grands, la musique reste le plus fort des liants.

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