Samedi et dimanche, j’ai nagé dans le Rhône. Pas celui, vert émeraude, des Genevois. Celui vert étang et vaste, si vaste, de la Drôme. Les chasseurs chassaient, le Rhône trônait, les fêtards que nous étions festoyaient. Poésie des vergers, de la dance et des marais. Lundi, fin d’après-midi, pareil plongeon dans le Léman, doux et enveloppant, avec au loin le Môle et le Mont-Blanc. Nous sommes à la mi-septembre, en période de rentrée. A Genève, Maudet boit la tasse, Knie est déjà parti, la vie a repris. Mais la météo, près de 30 degrés à l’heure du goûter, permet des baignades et des apéros prolongés comme au plus fort de l’été. C’est bien? C’est divin! C’est plus qu’un été indien, c’est un été olympien.

Et si, en fait, il s’agissait d’un été icarien? De ceux qui brûlent les ailes et envoient leurs fidèles rôtir en enfer. Avec le réchauffement climatique, le shoot solaire n’est pas net. Il a comme une ombre, celle d’une terre qui court à sa perte. Ouch! C’est subitement beaucoup moins gai.

Ça colle et c’est gonflant

D’autant que, dans le train, dans la rue, même sur les terrasses ensoleillées, les avis sont partagés. A côté des hédonistes qui adorent se dorer, des voix, pourtant jeunes et alertes, disent en avoir assez. «On colle. Chaque fois qu’on porte des trucs, on sue. Et pour travailler, merci. Comment se concentrer quand ça cogne et que tout nous invite à chiller?» Le chill, pour info aux plus de 45 ans, c’est la détente en bande, le farniente des aînés. Bref, certains étudiants, qui ont repris lundi le chemin des unis, voient le ciel bleu avec une pointe de gris.

Ils n’ont pas tort. Car, en plus d’être des régulateurs d’humeur, les saisons sont également des régulateurs de la concentration. Intitulée «Les quatre saisons des fonctions cognitives», une étude de l’Université de Liège explique que «pour une tâche liée à l’attention, l’activité du cerveau atteint son maximum en juin, vers le solstice d’été et son minimum en décembre, près du solstice d’hiver; tandis que pour une tâche exécutive, comme la mémoire à court terme, l’activité cérébrale est maximale en septembre et minimale en mars».

Maudet, maître des saisons

On comprend le spleen des étudiants. Ils se demandent avec raison si leur mémoire est toujours aussi béton alors que l’été joue les prolongations… Qu’ils s’adressent à Pierre Maudet, le coupable tout-terrain de la rentrée. Maintenant qu’il peut «chiller grave» – une première dans sa vie rivée à son ascension – sûr qu’il a fait changer les saisons. On est prince ou on ne l’est pas, non?


Notre précédente chronique: T’as ta place, toi?

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