Amours, délices et orgues (7/7)

«La beauté intérieure, c’est du flan»

On a parlé toutes les vacances de cœurs ardents sur sable chaud. Pas tout à fait la réalité de Sophie qui, ado, a vécu des étés nettement moins «caliente»

Cette dernière chronique sur les amours d’été n’est pas la plus gaie, mais elle reflète aussi une réalité. Lors d’une soirée, je croise Sophie, 34 ans. «Dans ta série, tu parles de passion sur le sable, de séduction dans les bars, de flash amoureux, etc., mais tu ne parles pas de moi.» Ah bon? Intriguée, je vise cette jeune femme smart et épanouie.

«Maintenant, j’ai trouvé ma place dans le jeu amoureux, mais j’ai passé ma jeunesse, célibataire, à entendre que la plus grande beauté était intérieure alors qu’en fait, ce sont toujours les belles gosses qui sortent avec les beaux gosses. Si tu observes, il n’y a que les filles canon qui parlent de «beauté intérieure» et qui invitent les femmes à se libérer des diktats de la mode. On voit qu’elles n’ont jamais connu la misère.»

«Stylé, quoi»

Intéressant. Je demande à Sophie de raconter cette disette, ces années «sans». «C’est très simple. Et je pense que beaucoup de filles et de gars un peu ingrats vont se reconnaître. De 14 à 18 ans, je suis partie en camp d’été. Des camps très cools, itinérants ou thématiques. Je me souviens d’une semaine de voile en Bretagne, à 16 ans, où d’entrée, je me suis très bien entendue avec Paul qui venait de vivre le suicide de son oncle. Il était super beau, triste, profond. Stylé, quoi.»

«On a passé des journées à parler de la vie et de la mort, des attentes des parents, des faux-semblants, etc. J’étais dingue de lui et j’espérais que notre complicité deviendrait de l’amour. Eh ben non. Comme l’année d’avant en Toscane et l’année encore d’avant en Grèce, Paul a visé la plus belle fille du camp, qui, évidemment, faisait un peu la gueule et, paf, lors d’une sortie, je les ai vus s’embrasser. C’est cliché, mais ça m’est tellement arrivé qu’il faut arrêter de parler de beauté intérieure aux adolescents. Quand t’as 15 ans, été ou pas été, la beauté intérieure, c’est du flan.»

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