Un procès glace la France depuis lundi. Il y a sept ans, Rosa, mère de trois enfants, a accouché d’une petite fille qu’elle a soustraite à la famille en la cachant. Tantôt dans une pièce de la maison rendue aveugle par des travaux, tantôt dans le coffre de sa voiture lorsqu’elle devait sortir. Le mari et la fratrie n’ont rien remarqué et Séréna, qui ne criait et ne bougeait pas, précise la maman dans une vidéo publiée sur 20 minutes, a été découverte par un garagiste peu avant ses 2 ans. Vision d’horreur. L’enfant gisait «dans un couffin, nue, sale et déshydratée, les yeux se révulsant, entourée d’excréments, mais aussi de jouets, le tout dans une odeur pestilentielle». Aujourd’hui, la fillette, qui vit dans une famille d’accueil, souffre d’un «syndrome autistique vraisemblablement irréversible causé par l’isolement». D’où le procès aux Assises, au terme duquel Rosa, qui n’a pas encore fait de prison, encourt 20 ans de détention.

Le fait divers stupéfie. On est choqué, ulcéré, en colère contre cette «mauvaise mère». On souhaite le pire à cette femme qui a maltraité un enfant innocent, qui a réduit un bébé à l’état de zombie.

Déni et néonaticide

En réalité, le vrai problème avec Rosa, c’est qu’on ne la comprend pas. Cette citoyenne de Corrèze semblait pouvoir accueillir un quatrième enfant et, pourtant, il y a eu refus, impossibilité. L’esprit se fige, le corps se braque. Le bébé est là, mais, pour la mère, il n’existe pas. «Gel des affects», «faisceau de cécité», «clivage», statuent les experts face à ces mères qui bloquent. Souvent, un déni de grossesse se solde par un néonaticide et le nourrisson est supprimé sitôt expulsé. Ici, la maman a nourri sa petite – Rosa parle de biberons et de câlins –, mais sans réellement lui donner (une) vie.

Le théâtre pour mieux comprendre

En 2014, dans Une femme sans histoire, le metteur en scène Dorian Rossel a restitué le parcours de Véronique Courjault qui, par trois fois entre 1999 et 2003, a donné et ôté la vie à ses nouveau-nés. Il a créé ce spectacle d'après un documentaire dans lequel l’accusée dit des choses fortes. Elle dit: «J’étais enceinte, mais je n’attendais pas de bébé.» Elle dit aussi: «Je me souviens des bébés qui glissent à travers mon corps.» Selon les experts, lorsqu’une femme atteinte de déni de grossesse accouche, c’est comme si elle se débarrassait d’un déchet.

Il ne s’agit pas d’excuser Rosa, d’autant que là l’enfant a vécu, ou plutôt survécu. Mais l’horreur est moins horrible, me semble-t-il, quand on tente de comprendre la complexité humaine sous le masque du monstre.


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