«Quoi, tu vas en Italie?» La mine de mon amie hésite entre crainte et envie. L’Italie, oui, de Barolo à Florence, du Piémont à la Toscane. Des vignes, des collines, des villages haut perchés, des églises baroques et médiévales. Mais plus encore, cette incroyable lumière de miel, ce soleil qui caresse langoureusement les reliefs pommelés, offerts au regard comme une peau au toucher. L’Italie en automne, c’est péché. Un péché savoureux à consommer sans se limiter.

Pourtant, il y a comme un froid en arrière-plan. Car l’Italie, au printemps dernier, c’était la mort par dizaines de milliers. Surtout au nord. La Lombardie détient toujours un sinistre record – près de 17 000 décès sur les 36 205 décès que compte la patrie de Dante. Récemment, une étude a prouvé que les morts de cette région n’étaient pas tous liés au covid, mais à l’impréparation des milieux hospitaliers. N’empêche. Dans les yeux des interlocuteurs à qui j’annonçais que j’allais en Italie, je lisais tout ça: le frisson de désir et celui de l’effroi. Ou, pour le dire autrement, dans La Divine Comédie, mes vis-à-vis choisissaient plutôt l’Enfer que le Paradis…