Le Brexit fut une sacrée surprise électorale. Trump à la Maison Blanche paraissait hautement improbable. Et maintenant, que va-t-on voir en France? Pour une fois, les nouvelles sont plutôt encourageantes. La vraie question est de savoir qui va battre Le Pen au second tour.

Il y a six mois, se profilait un duel Hollande-Sarkozy, alors qu’une écrasante majorité d’électeurs ne voulaient pas être forcés de choisir entre deux présidents qui avaient échoué, chacun à sa manière. Les primaires de la droite ont sélectionné un candidat qui avait mûri un vrai projet. Celles de la gauche ont permis d’éviter le combat fratricide entre Valls et Macron au sein de sa branche modérée. Le combat fratricide aura plutôt lieu entre Hamon et Mélenchon, au sein de la gauche d’opposition, celle qui ne veut pas vraiment gouverner.

Le bon diagnostic économique

Il y a même une espèce de miracle en cours. Les deux candidats qui ont émergé face à Le Pen ont un point commun essentiel. Fillon et Macron sont les premiers candidats, depuis quatre décennies, à avoir accepté le bon diagnostic économique du déclin économique de la France. Tous deux reconnaissent que le poids de l’État central est excessif et que la fiscalité doit être revue à la baisse. Tous deux voient dans le mauvais fonctionnement du marché du travail la cause du chômage de masse. Bien sûr, leurs programmes parlent de beaucoup d’autres choses dans beaucoup d’autres domaines, mais pour ceux qui pensent que la France a, avant tout, besoin de réformer son économie, il y a de quoi se réjouir.

Leurs programmes économiques diffèrent, surtout dans les détails, mais ils dessinent des stratégies finalement proches. Le projet de Fillon est plus carré, celui de Macron plus prudent. Par exemple, Fillon propose de réduire les rangs des fonctionnaires de 500 000 personnes, là où Macron annonce un chiffre de 120 000. Fillon veut supprimer les 35 heures et augmenter l’âge «normal» de départ à la retraite à 65 ans, contre 62 actuellement. Macron ne veut toucher à aucune de ces vaches sacrées mais avance des mesures destinées à vider ces deux règles de leur contenu.

Les programmes comptent

Si tous les deux veulent réduire les charges sociales qui pèsent sur les salaires et génèrent du chômage, chacun cultive sa connotation politique. Résolument à droite, Fillon veut financer ces baisses par une augmentation de la TVA, un impôt qui pénalise proportionnellement plus les personnes à bas revenus – qui consomment tout ou presque de ce qu’elles gagnent – que les personnes à revenus élevés – qui épargnent. Macron, lui veut augmenter un impôt appelé CSG (contribution sociale généralisée) qui s’applique à tous les revenus avec le même taux. De même, tous les deux veulent réduire l’inévitable incitation, que créent les allocations de chômage, à ne pas trop se presser pour chercher un emploi. Mais alors que Fillon veut réduire ces allocations en fonction de la durée du chômage, Macron met l’accent sur la formation des chômeurs. On peut multiplier les exemples, la stratégie est la même, les inflexions donnent une coloration politique.

On dit souvent que la France est irréformable. Ce n’est pas faux, et rien ne garantit que cette fois sera la bonne. Une des causes de la panne de réforme tient à ce que, jusqu’à maintenant, les candidats à la présidence se sont largement gardés de faire des promesses un tant soit peu précises. Par définition, une bonne réforme remet en cause des intérêts particuliers pour profiter à la collectivité. Mais les intérêts particuliers savent s’organiser, au besoin en appelant à la grève et à de grandes manifestations dans la rue, alors que la collectivité est parfaitement diffuse et donc passive. Le rôle des politiques est d’œuvrer pour la collectivité, mais c’est politiquement dangereux, voire suicidaire. Seule l’onction de l’élection présidentielle peut rendre possible un rejet de la loi de la rue. C’est pour cela que les programmes comptent.

Enjeux gigantesques

Ce conte de fées annoncé est-il trop beau pour être vrai? Déjà le Penelopegate a effectivement éliminé Fillon. Il reste Macron, face à Le Pen, parfaitement inoxydable face à ses propres turpitudes. Au second tour, les électeurs auront le choix entre un réformisme bien pensé et un surprenant mélange toxique de populisme xénophobe et une vision économique aux relents marxisants. D’ici là, les rebondissements ne vont pas manquer. Les enjeux n’ont jamais été aussi gigantesques.

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