Avec 5% de croissance en moyenne mondiale, l'année écoulée a été l'une des meilleures de ces trois décennies, et les entreprises suisses en ont globalement profité. Selon une enquête UBS publiée lundi, 20 secteurs sur 27 analysés ont dépassé leurs attentes, qu'il s'agisse du chiffre d'affaires ou des bénéfices. Malgré un léger ralentissement, le millésime 2005 devrait aussi être positif.

Bonne nouvelle? Sans doute. La moins bonne est que les ménages, méfiants, continuent d'épargner. Deux raisons à cela. D'abord, nous vivons au cœur du bloc le moins dynamique du monde développé, et cela pèse sur les esprits. Le chômage ensuite – première préoccupation de deux Suisses sur trois – ne baisse pas.

Le taux moyen de 3,9% reste sans doute honorable par rapport à celui des pays voisins, mais il est trompeur. La récente enquête sur la population active révélait que si l'on additionne les chômeurs et les personnes en sous-emploi, on arrive à 13,4% de la population active. S'y ajoute le lancinant problème des jeunes – plus de 6% sans emploi parmi les 16-25 ans, tendance à la hausse.

Concernant l'emploi, l'économiste d'UBS, plus confiant que le Secrétariat d'Etat à l'économie, annonce une légère embellie cette année. Mais l'étude elle-même tempère cet optimisme: les entreprises qui se portent le mieux sont les plus grandes, souvent plus actives à l'étranger qu'en Suisse. Dès qu'on passe aux PME, les perspectives bénéficiaires, donc d'embauche, se réduisent.

Ce que confirme en fait l'étude UBS, c'est l'écart entre une Suisse exportatrice qui réagit rapidement aux crises et une Suisse intérieure que sa lenteur d'adaptation rend vulnérable. Et plus elle a peur, plus elle rechigne à se réformer. Cercle vicieux regrettable: c'est justement dans ces conditions qu'il faudrait oser quelques risques. Les jeunes à la recherche d'un premier travail ou les actifs en sous-emploi sont bien obligés d'en prendre, eux.

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