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Le chef Benoît Violier, dans la cuisine du restaurant de l’hôtel de ville de Crissier, le 9 décembre 2015.
© François Wavre | lundi13

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Benoît Violier, le talent qui tue

Benoît Violier, Amy Winehouse. Des êtres doués, bénis des dieux. Mais le succès a ses pièges. Et si l’ennui, petit frère du génie, était mortel?

Le succès tue. Pas de panique, Madonna, Brad Pitt et Cristiano Ronaldo se portent bien. Enfin, a priori. Mais pour d’autres, le succès incarne le pire ennemi. Tant qu’on n’aura pas découvert une affaire enfouie (business gangrené, amour en fuite, maladie), le succès est une des hypothèses admises désormais pour expliquer le suicide de Benoît Violier, directeur de l’Hôtel de ville de Crissier et chef trois fois étoilé. Benoît Violier s’est suicidé alors qu’il avait tout réussi, articule-t-on avec stupeur depuis dimanche. Mais, précisément, ce génie de la cuisine s’est peut-être suicidé parce qu’il avait tout réussi. Et ce n’est pas qu’une question de pression. Bien sûr, conserver trois étoiles au Michelin représente un défi quotidien. Alain Ducasse en sait quelque chose, lui a qui a reçu et perdu plusieurs fois la manne ultime, – lundi le chef parisien a récupéré une troisième étoile, mais a regretté que Joël Robuchon ne bénéficie pas de la même gratification. O gastro, ton univers impitoyable…

Le succès en tant que renommée constitue donc un danger. Il faut être à la hauteur, assumer. C’est l’histoire de la menace, de l’épée. Mais le succès en tant que réussite personnelle, est, pour certains, tout aussi difficile à négocier. Quand on a l’esprit de conquête, atteindre son objectif peut marquer le début de la fin. La pole position se renouvelle, se réinvente, s’entretient. Mais le frisson n’est plus le même. Il y a pour eux, dans le royaume du maintien, quelque chose d’éteint.

Hier soir, j’ai visionné «Amy», très beau documentaire consacré à Amy Winehouse, ce prodige venu d’ailleurs. A ses premiers essais, à 16 ans, la jeune Anglaise présente déjà la maturité vocale et sensible d’une jazzwoman de 65 ans, hallucinent les spécialistes dans le studio. Dans ce film, Tony Bennett compare Amy Winehouse aux plus grandes, Ella Fitzgerald, Billie Holiday. Comment imaginer plus belle reconnaissance? Et pourtant, lorsque la star reçoit un Grammy en février 2008, elle confie à sa meilleure amie qu’elle… s’ennuie. A ce moment, Amy a déjà goûté aux vertiges du crack et de l’héroïne et trouve tout «so boring», même, surtout son propre génie.

Le talent vif-argent fait rêver. On aimerait tous être bénis des dieux et posséder un don unique, une perle à nulle autre pareille. Pas sûr qu’on ait raison. Pour des Messi et Federer qui gèrent, combien d’élus finissent vampirisés par ce cadeau empoisonné?

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