Revue de presse

A Berlin, Ivanka Trump défend son père contre les accusations de misogynie

Au sommet du G20 des femmes à Berlin, Angela Merkel a jugé bon d’inviter la «First Daughter». Simplement parce que c’est la seule route possible, même «peu conventionnelle», pour accéder au nouveau locataire de la Maison-Blanche

Ce n’est peut-être pas le plus beau rôle dont elle aurait rêvé, mais tout de même, c’est sa première «sortie officielle» en «diplomate officieuse». La fille du président américain, Ivanka Trump, dans un univers plutôt glamour où l’on a notamment aperçu la reine Maxima des Pays-Bas et la patronne du FMI, Christine Lagarde, entourant la chancelière Merkel, a surtout dû défendre mardi son père contre les accusations de misogynie, lors du sommet Women20 Germany 2017 à Berlin.

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«Bien sûr, j’ai entendu les critiques des médias», a-t-elle notamment affirmé lors d’une table ronde sur la place des femmes dans le monde. «Mais je sais par mon expérience personnelle […] que les milliers de femmes qui ont travaillé avec et pour mon père depuis des décennies […] témoignent de sa foi et de sa solide conviction dans leur potentiel et leur capacité à faire le travail comme n’importe quel homme.» Voilà qui était dit, mais ces propos ont tout de même provoqué quelques rires dans la salle, tandis que d’autres membres du public élevaient la voix en signe de désapprobation.

Ivanka Trump a dû en outre répondre à des questions sans concession de l’animatrice du débat, la rédactrice en chef du magazine économique allemand Wirtschaftswoche, Miriam Meckel, qui lui a dit que les remarques de son père durant la campagne électorale américaine avaient suscité quelques interrogations sur cette prétendue estime des femmes, défendue par celle que le magazine qualifie de «féministe de la famille». La journaliste a aussi abordé le rôle plutôt flou de la «première fille», et les intérêts qu’elle représentait: ceux de son père, des Américains ou de ses affaires personnelles?

Celle-ci a assuré ne pas représenter ses propres intérêts, mais «elle a tout de même avoué», aux yeux du Huffington Post: «Je ne suis pas encore familière avec ce rôle… Cela dure depuis un peu moins de cent jours et c’est tout simplement une aventure remarquable et incroyable.» Bref, une position «d’écoute et de défense, laissant derrière elle encore beaucoup d’interrogations».

«En tant que fille de Donald Trump, je peux aussi m’exprimer à titre personnel, sachant qu’il m’a encouragée et m’a permis de m’épanouir», a répondu l’ancien modèle de 35 ans, devenu depuis, proche conseillère de son père à la Maison-Blanche. A ce titre, elle participe souvent aux rencontres ou aux coups de fil officiels de son père, qu’il s’agisse de dirigeants étrangers, de chefs d’entreprise ou d’astronautes de la Station spatiale internationale.

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Donald Trump n’a d’ailleurs pas hésité à faire entorse à toutes les règles censées éviter les conflits d’intérêts en épinglant la chaîne de magasins Nordstrom pour avoir abandonné la distribution de la marque de vêtements d’Ivanka, citant des ventes en baisse. Comme son père, Ivanka s’est retirée de la gestion au quotidien de sa marque et de son poste à la Trump Organization, mais elle a gardé ses parts et continue à en toucher des revenus.

La «chouchou» du président a aussi dit à Berlin qu’elle avait «grandi dans une maison où il n’y avait aucune différence» entre ses frères et elle. Reste que son rôle officiel est aussi très critiqué outre-Atlantique, comme en témoigne l’article de CNN Atlanta relayé par Courrier international, publié à la fin de mars dernier. Cependant, depuis Washington, son père a envoyé un tweet pour la féliciter à propos de «son rôle moteur sur ces questions importantes», alors que quelques dizaines de protestataires anti-Trump s’étaient rassemblées en début de soirée dans le centre de Berlin:

Mais pourquoi ce soudain intérêt d’une chancelière réputée pour son austérité pour cette femme qui, a priori, ne partage pas grand-chose avec l’establishment politique féminin mondial? Pour les médias allemands, en fait, Angela Merkel a invité Ivanka Trump à Berlin surtout dans l’espoir d’améliorer ses relations avec le président américain, marquées par des contentieux sur le commerce ou la défense. Le geste a un but précis, selon le Bild.

Et «la chancelière a réussi un véritable coup» en parvenant «à séduire Ivanka», vu qu'«il est difficile de trouver un responsable plus influent» auprès du président, jugeait ainsi mardi la Süddeutsche Zeitung. Même analyse de la part de James Jeffrey, ancien conseiller de Barack Obama, dans le média politique américain Politico, qui trouve la chancelière «rusée comme un renard». «Si la route peu conventionnelle pour accéder à Trump est Ivanka, écrit-il, alors c’est la personne par laquelle il faut passer.» Un photographe du Bild avait d’ailleurs déjà tweeté une précédente manœuvre du président lors de la visite de la chancelière à Washington à la mi-mars:

Mais «à la veille de son arrivée», fait cependant remarquer La Libre Belgique, «les éditorialistes allemands s’interrogeaient néanmoins» sur sa légitimité. La télévision ZDF, par exemple, trouvait «tout à fait anormal» qu’Angela Merkel s’entretienne avec celle que la chaîne présente comme «la fille qui murmure à l’oreille du président», comme «une First Lady de l’ombre, de plus en plus puissante». De même, le député SPD Lars Klingbeil se demandait sur Twitter s’il était «le seul» à s’interroger sur l’opportunité de faire de la politique étrangère avec elle:

La Frankfurter Allgemeine Zeitung n’a, elle, qu’une seule explication: elle trouve parfaitement logique que «la femme la plus influente du gouvernement fédéral allemand» rencontre «la femme la plus influente de la Maison-Blanche». Ce qu’on appelle, précisément, une rencontre au sommet.

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