éditorial

Berlusconi, l’illusion de la victoire

Si la politique se limitait à une équation mathématique, le président du Conseil italien aurait remporté hier au parlement une grande victoire

Si la politique se limitait à une équation mathématique, le président du Conseil italien aurait remporté hier au parlement une grande victoire. Dans un duel à mort avec son ex-allié et principal contradicteur Gianfranco Fini, auquel il a infligé une sévère défaite, il a réussi à écarter de justesse une motion de censure. Mais comme le disait Enrico Berlinguer, une grande figure de la gauche italienne des années 1970, on ne dirige pas un pays avec 51% des voix. Et si la politique n’avait pour seul objectif que de se maintenir à tout prix au pouvoir, Silvio Berlusconi aurait une nouvelle fois montré qu’il est un politicien coriace doté d’une combativité rare.

La politique, telle qu’on la comprend encore dans les démocraties occidentales, est pourtant censée servir une cause plus noble, celle d’un projet de société. Or depuis qu’il est revenu au pouvoir au printemps 2008, le Cavaliere semble avoir pour seul projet celui d’utiliser les institutions pour défendre ses propres intérêts et échapper à l’étau de lajustice, qui le menace de suites pénales dans plusieurs affaires. En 2013, son ambition sera de se faire élire à la présidence de la République pour prolonger son immunité de sept années supplémentaires.

Or le succès berlusconien de mardi n’a rien d’une victoire. Non seulement il ne résout pas la grave crise politique italienne, mais il confirme le vide dramatique que Berlusconi a créé autour de lui. Le parlement s’est montré incapable de trouver une alternative à un président du Conseil largement discrédité.

Le grand bénéficiaire de la dramaturgie parlementaire de mardi pourrait être la populiste Ligue du Nord. Alliée du parti de Berlusconi, le Peuple de la liberté, au sein de la coalition gouvernementale, elle a un objectif prioritaire: le fédéralisme fiscal, qui consacrerait une décentralisation du pouvoir. Plusieurs lois ont déjà été adoptées dans ce but. Mais il en manque une, fondamentale, censée être votée en janvier. Tactiquement, la formation d’Umberto Bossi a donc intérêt à maintenir à flot la majorité actuelle. Après janvier, elle pourra monnayer son soutien au gouvernement avec d’autant plus de force qu’on la dit grande gagnante en cas d’élections anticipées.

S’il a pu incarner une forme de rêve italien d’accession au bonheur consumériste, Berlusconi est aujourd’hui le symbole du malaise national. Lequel s’est exprimé de façon violente dans les rues de la capitale imprégnées de gaz lacrymogènes. Une odeur de fin de règne.

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