Revue de presse

Berne, c’est bien pour un président chinois, mais le Forum de Davos, c’est mieux

Au WEF, les élites cherchent cette année les réponses à apporter aux incertitudes liées à l’installation en ses pénates du nouveau locataire de la Maison-Blanche, et au Brexit. Pas sûr que le grand leader chinois Xi Jinping dispose des meilleures solutions

Après sa visite d’Etat de deux jours en Suisse, le président de la deuxième économie du monde, le Chinois Xi Jinping, se rendra ce mardi au Forum économique mondial de Davos. Il dira alors aux élites mondiales secouées par les incertitudes politiques aux Etats-Unis et en Europe que son pays est prêt à prendre le relais du libre-échange.

Dans les Grisons, il s’adressera aux quelque 3000 décideurs économiques et politiques du monde entier et leur dira en substance: rassurez-vous, nous serons là pour défendre notre vision des échanges économiques. Soit «une ambition de mobiliser toutes les intelligences et énergies des directeurs de tous les secteurs, et de rassurer les gens sur l’avenir du monde», confirme stoïquement, de sa langue de bois, Radio Chine internationale.

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Ce que Bilan, via l’agence d’informations financières AWP, comprend comme «une opportunité pour Pékin de participer à la redéfinition du paysage économique mondial». C’est le moins que l’on puisse dire, au plan des intentions. D’ailleurs, «le fondateur du WEF, Klaus Schwab, a estimé […] que la présence marquée de la Chine au WEF sera particulièrement pertinente pour le thème qui y sera abordé cette année», estime Swissinfo. ch: le management réceptif et responsable. «Evoquant le pouvoir et l’influence croissante de la Chine dans les affaires mondiales», il imagine «que le président Xi montrera» justement «comment la Chine assumera un rôle de leadership responsable et réceptif dans les affaires mondiales».

Les dates de Davos déplacées pour le premier Chinois

Pour ce faire, ce dernier s’est entouré d'«une forte délégation de 80 businessmen et milliardaires chinois, précise le Guardian. Il défendra la mondialisation au WEF au moment où le président élu des Etats-Unis «installe des barrières», lui. Quelques jours avant l’Inauguration Day, c’est un «ennemi» idéologique de la nouvelle administration américaine qui se trouve donc «sous les spotlights», juge CNBC. Klaus Schwab, en effet, «n’a pas lésiné sur les moyens pour faire venir le Premier Chinois: le forum qui se tient habituellement la dernière semaine de janvier a été avancé d’une semaine» rappelle Le Figaro.

«Grâce à quoi les Chinois peuvent venir plus facilement dans la station suisse, car le Nouvel An chinois aura lieu cette année le 28 janvier, et il est évidemment indispensable que les plus hauts dirigeants se trouvent alors en Chine.» Xi Jinping sera sous solide escorte économique, aux premiers rangs de laquelle «Jack Ma, le fondateur du géant du commerce en ligne Alibaba, et Zhang Yaqin, président de Baidu, le Google chinois». C’est une tendance nouvelle que cette offensive chinoise: le Handelsblatt sacre d’ailleurs Xi Jinping «Der neue Davos-Mann».

Car «grande gagnante de la mondialisation au siècle dernier et aujourd’hui artisane de «nouvelles routes de la soie», la Chine s’autoproclame héraut du libre-échange face à l’Amérique de l’isolationniste Donald Trump. Elle entend redessiner à sa façon le commerce du XXIe siècle», écrit Le Matin. Ce que son président avait martelé en novembre dernier, juste après l’élection du milliardaire américain: «Nous n’allons pas fermer la porte au monde mais l’ouvrir encore plus largement.» Autant dire que son discours «alpin» sera donc écouté «avec une très grande attention», prévoit la BBC.

«Le mendiant le plus puissant»

Mais le magazine Forbes, lui, dans une analyse sans pitié, prétend que c’est «le mendiant le plus puissant de la planète» qui sera à Davos: «Xi a beau se dire confiant, responsable et positif, il n’est cependant certainement pas ouvert. Il a soutenu l’économie chinoise à coup d’énormes subsides d’Etat» et de «mesures discriminatoires pour les multinationales. […] Son approche est empêtrée dans son slogan, le «Chinese dream». Mais ce rêve, hélas, révèle une société dominée par l’Etat, et une société dominée par l’Etat, c’est incompatible avec une économie ouverte. Appelez cela une Chine pour les seuls compétiteurs chinois.»

«Ce sera difficile à «vendre» à Davos», comme réalité, doit bien reconnaître le South China Morning Post. Et bien malins sont ceux qui savent comment «la Chine va se comporter dans un monde sous l’effet de Trump et du Brexit». Plus généralement, «à Davos, le monde des affaires cherche la réponse à Trump», titre le site Zonebourse.com.

Pas sûr que ce soit la Chine qui fournisse la bonne. A cela s’ajoutent «l’atonie de la demande mondiale et la montée du protectionnisme», qui «sont autant de nuages qui s’accumulent au-dessus des exportations chinoises», expliquent enfin Les Echos, pour clore le bal des mauvais augures qui se moquent, chaque année, du grand raout de la station grisonne.


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