Il y a trois ans, la politique de l’aide sociale en Suisse traversait une tempête, provoquée par la crainte d’une perte de contrôle totale sur l’évolution des coûts. Depuis lors, les praticiens de la branche s’étaient rassurés: quelques retouches restrictives aux subsides, affectant spécifiquement les jeunes adultes et les familles nombreuses, avaient suffi à ramener la paix. C’était un calme trompeur, comme le prouve la réforme lancée cette semaine par le gouvernement bernois.

Ce canton remet en cause fondamentalement les règles du jeu, en programmant une coupe de 10% dans le forfait de base de l’aide sociale. Il s’agit d’une démarche sans précédent, lancée en solitaire, au mépris de la concordance intercantonale qui prévalait jusqu’à ce jour.

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Le projet bernois intervient dans un contexte politique précis. Il témoigne de la volonté de la majorité politique bourgeoise d’en découdre, d’expérimenter à l’échelon cantonal aussi les frissons du glissement à droite ressentis sur la scène fédérale. A cela s’ajoute que le nouveau patron bernois de la prévoyance sociale est l’UDC Pierre-Alain Schnegg. Le jeune ministre ne fait en l’occurrence qu’appliquer le programme de son parti. Il prend, avec la connivence du collège, le contre-pied de la politique de son prédécesseur, le socialiste Philippe Perrenoud.

La baisse de subsides est-elle vraiment le meilleur moyen de favoriser le retour au travail? Celui-ci ne passe-t-il pas plutôt par un renforcement des mesures de formation et de prise en charge individuelle, un volet par trop faible de l’aide sociale suisse? C’est la question de fond. A défaut d’éléments de preuve incontestables, chacun y répond en fonction de sa sensibilité politique. L’efficacité du système reste un champ d’étude largement inexploré.

A y regarder de plus près, on constate que la réforme proposée par le canton de Berne vise les catégories de bénéficiaires qui fâchent. On y trouve les réfugiés au bénéfice d’une admission provisoire. Au bout de sept ans, ceux-ci passent à la charge de cantons, alors qu’un seul sur quatre, en moyenne, travaille. D’autres étrangers sont dans le viseur, dont le niveau insuffisant en allemand ou en français semble trahir le manque de volonté d’intégration. Mais il y a surtout les jeunes de 18 à 25 ans, qui forment aujourd’hui le plus grand groupe de bénéficiaires, et dont on redoute qu’ils ne s’installent durablement dans l’assistance. On voit dans ces groupes cibles à quel point le système, conçu comme le dernier filet de sécurité pour un petit nombre d’exclus du travail, est sorti de son cadre.

A défaut d’offrir par lui-même une solution providentielle, laissons à la réforme bernoise, sous ses allures provocantes, le mérite de relancer la recherche de réponses à des questions face auxquelles la politique est restée trop impuissante.

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