A l’heure où la pandémie de covid s’estompe pour céder la place à la tragédie ukrainienne avec son lot de réfugiés, le canton de Berne a voté pour la stabilité. Sans surprise, il a réitéré sa confiance dans son Conseil-exécutif à majorité bourgeoise, où Astrid Bärtschi – seul changement – a pris la place de la populaire Beatrice Simon.

Contrairement à son homologue du canton de Zurich où de nombreuses dissonances se sont fait entendre, l’exécutif bernois se voit récompensé pour avoir cultivé une collégialité exemplaire dans une période où rarement l’intervention de l’Etat avait tant marqué la vie publique. A la tête de la Direction de la santé et des affaires sociales, l’UDC Pierre Alain Schnegg, un ancien chef d’entreprise, s’est avéré un manager de crise efficace et décidé. Loin de suivre les positions très critiques de son parti envers un Conseil fédéral qualifié de «dictatorial», il a mené avec l’appui de ses collègues une politique sachant concilier la protection de la santé de la population tout en ne bridant pas trop l’économie dans ses activités.

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Cette marque de confiance envers la majorité en place ne doit toutefois pas masquer une réalité pointée par la gauche lors de la campagne. Au cours des quatre dernières années, le Conseil-exécutif a vu plusieurs de ses réformes désavouées en votation: cadeaux fiscaux aux entreprises, coupes dans l’aide sociale ou extension des horaires d’ouverture des magasins. Même s’il est vainqueur aujourd’hui, le camp bourgeois devra revoir sa stratégie pour proposer des projets capables de rassembler des majorités populaires dans le contexte d’une population à l’humeur de plus en plus volatile.

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Il devra également s’adapter à des changements sociétaux massifs. Tensions entre les villes et les campagnes, fracture sociale renforcée par la pandémie, rupture des liens avec l’Europe, crise économique et humanitaire provoquée par le conflit ukrainien et lutte contre le réchauffement climatique ne sont qu’une partie des défis à relever. Pointé du doigt par la gauche pour sa propension à combattre les pauvres plutôt que la pauvreté et sa timidité en matière de politique familiale et environnementale, ciblé par la Commission nationale de prévention de la torture pour la vétusté de ses centres de retour, le gouvernement devra démontrer qu’il ne se préoccupe pas que de la compétitivité économique de son canton.

Dans l’immédiat, l’heure n’est pas aux clivages politiques. Le canton de Berne est placé devant un nouveau défi, gigantesque: accueillir peut-être, d’ici à la fin de l’année, jusqu’à 30 000 réfugiés ukrainiens. La collégialité et la solidarité devront l’emporter sur les idéologies partisanes.