Opinion

Berne nourrit des idées noires sur la sécurité en Europe

OPINION. La Suisse, profondément préoccupée par la situation de sécurité en Europe, prend toute sa part dans la définition d’une culture stratégique commune, écrit notre chroniqueur François Nordmann

Il est rare que les responsables de la politique extérieure suisse ou de la politique de sécurité s’expriment en public sur la situation stratégique en Europe. Les discours officiels tendent à éviter le sujet, du moins en public, réservant peut-être l’expression de leur préoccupation à des commissions parlementaires ou à des cercles d’experts. Le fait est pourtant que l’Europe traverse une grave période d’instabilité du fait de la dénonciation des traités de désarmement nucléaire entre les Etats-Unis et la Fédération de Russie.

Les Américains se sont retirés du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) en Europe, conclu en 1987, qui interdit les missiles d’une portée de 500 à 5,500 km. Miné par les accusations de part et d’autre de violation du traité depuis une quinzaine d’années, le FNI, pilier du contrôle des armements nucléaires, a fini par s’effondrer. Dans un climat de vives tensions entre l’OTAN et la Russie, d’autres traités stratégiques – le traité contre les missiles anti-balistiques et la limitation de la production d’armes nucléaires tactiques – ont pris fin. Dans ces conditions, il est peu probable que le traité New Start sur les armements nucléaires stratégiques soit prolongé au-delà de 2021.