On n’en est pas encore à la Mob G, mais presque. Il y a quelques heures à peine, les nouvelles mesures annoncées par le Conseil fédéral pour lutter contre le coronavirus sont entrées en vigueur. A minuit. Désormais, toutes les manifestations publiques ou privées sont interdites et seuls les commerces et services publics de première nécessité sont ouverts. La «situation extraordinaire», selon la loi sur les épidémies, fait que le Conseil fédéral prend désormais seul les commandes dans la crise, décrétant des règles identiques pour tous les cantons.

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Toutes proportions gardées, les termes utilisés dans les éditoriaux de la presse suisse perdurent – le 1er septembre 1939, le titre de celui de la Gazette de Lausanne, c’était: «La Suisse unie». Mais «la confiance ne se décrète pas, elle se mérite», écrit 24 heures quatre-vingts ans plus tard. Alain Berset est «salué pour son calme et sa sérénité», elle «est calme, elle est résolue», cette Confédération sur le pied de «guerre», disait encore la Gazette. Cependant, «c’est dans ces prochaines semaines qu’on jaugera» le leadership fédéral. «Et que l’on saura si le citoyen suisse est responsable et solidaire» dans ce pays auquel…

… il manque peut-être une grande gueule qui ne ménage ni la chèvre ni le chou ni, surtout, le risque épidémiologique

Fidèle à sa ligne politique, Le Courrier juge, lui, que «dur à suivre sur la forme, le message fédéral demeure néanmoins clair sur le fond. La solidarité nationale est un vain mot et l’intérêt commun, hors les vies à sauver, serait essentiellement de maintenir à flot notre économie de marché». Une «leçon de civisme à l’envers» en quelque sorte, et l’occasion, pour le quotidien genevois, de fustiger «la mansuétude de la presse et des principaux partis». «Sous prétexte d’unité nationale, on normalise l’iniquité, les deux poids, deux mesures»…

Comment ensuite en vouloir à ces personnes qui […] se ruent sur les denrées de première nécessité au risque de créer de toutes pièces une pénurie bien évitable?

La Liberté, pour sa part, constate qu'«il manquait un vrai pilote dans l’avion», mais que «le Conseil fédéral s’est enfin assis aux commandes», sortant de sa «stratégie nationale quelque peu embuée ces derniers temps par les mesures cantonales annoncées en ordre dispersé». Mais pour le quotidien fribourgeois, il faut «aller au bout» de cette politique «du salami dépassée visant à ménager l’économie. Fini les fines tranches, il faut couper là où cela fait mal: dans la liberté de circuler. Face à l’incendie viral, le coupe-feu le plus efficace est un confinement complet.» Car «trop de comportements irresponsables sont encore observés, par exemple se serrer la main»…

…  Le coronavirus est dans toutes les têtes, mais pas assez dans les gestes

Le Conseil fédéral s’est mis en «mode crise». Enfin, pense le Tages-Anzeiger. Mais jusqu’ici, «le fait que le cantonalisme ait été plus fort que la raison même n’a pas abouti à un résultat brillant de notre système fédéral». Jusqu’ici, le gouvernement central «n’avait pas réussi à convaincre» et «ce n’est que maintenant que les personnes âgées et les personnes les plus vulnérables doivent rester à la maison. D’abord parce qu’elles sont en danger et ensuite par solidarité. Parce que si ces personnes tombent malades en masse, alors tout le système de santé va s’effondrer. Jusqu’à présent, la solidarité n’avait été demandée qu’aux jeunes»…

… Conclusion: la Suisse n’est pas du tout aussi parfaite en mode crise qu’en conditions normales – nous devons rapidement en tirer les leçons pour éviter que cette crise ne se transforme en catastrophe

On parlait de «Mob G»? C’est exactement comme cela que le St. Galler Tagblatt voit les choses. «Mobilisation contre le corona, suivons le Conseil fédéral», clame-t-il. «Il est crucial que tout le monde participe, maintenant», car «si cela continue, le système de santé s’effondrera. […] Compte tenu de l’insouciance incompréhensible d’une partie de la population à l’égard des mesures fermement recommandées, le Conseil fédéral n’a d’autre choix que de resserrer la vis de manière drastique.»

D’énormes défis

Pour ce média, «les recommandations sont limpides. Restez à la maison, les amis! Si vous ne devez pas sortir d’urgence, ne sortez pas. […] Pour la première fois dans la mémoire des vivants, nous, en tant que société, sommes confrontés à d’énormes défis. […] Les gens se rapprochent en temps de crise. Nous ne sommes pas en guerre. Mais cela ressemble de plus en plus à cela dans la vie quotidienne»…

… Réveillez-vous, chères Suissesses, chers Suisses

Dans le Blick, c’est Marc Walder, le CEO de Ringier – également éditeur du Temps – qui a pris la plume samedi dernier pour dire que «toutes nos vies changeaient. C’est radical pour beaucoup d’entre nous. Pendant plusieurs semaines, voire des mois. Nous sommes confrontés à une situation que nous n’aurions pas pu imaginer jusqu’à tout récemment»…

En ce moment, il n’y a qu’une seule chose qui compte: la solidarité

Même tonalité dans la Luzerner Zeitung, pour laquelle, non, «ce n’est pas une catastrophe», «pas une photo qui restera fixée dans nos têtes comme celle de l’effondrement du World Trade Center en 2001 ou celle du réacteur nucléaire en feu à Tchernobyl. Le coronavirus est invisible. C’est probablement pour cette raison qu’il a fallu (trop) longtemps pour que la gravité de la situation entre dans les consciences de la population. Nous avons traité les conseils officiels de Berne avec trop de négligence: «Gardez vos distances? Pas pour moi!» […] Mais maintenant, le message est clair»:

Tout le monde doit contribuer à freiner la propagation du virus. […] C’est drastique, mais nécessaire

«Beaucoup d’entre nous» ont en effet «peu réagi au début de l’urgence, qui confrontait la toute-puissance de la normalité à la rigueur et à la prudence consistant à nous détacher les uns des autres. Une attitude compréhensible même si, à la lumière actuelle, elle apparaît bien superficielle.» Le Corriere del Ticino le martèle donc: «Distants mais unis, c’est le meilleur des vaccins.» Jusqu’ici, nous avons été «dérangés, agacés, même par «la masse des informations de la presse, considérée comme excessive et anxiogène»…

… Mais peut-être que cette fois, on se rend compte que sonner l’alarme, ce n’était pas exagéré

«La Suisse, avec son système fédéral compliqué, recherche constamment l’harmonie entre les besoins cantonaux et les priorités fédérales. Non seulement en adoptant des mesures visant à juguler une pandémie qui se propage à grande vitesse. Mais sa communication institutionnelle – qui fait partie intégrante et essentielle de cette lutte, au même titre que les mesures sanitaires au sens strict – ne tient pas le rythme du nouveau coronavirus», aux yeux de La Regione. Elle est «anonyme, trop didactique, un peu rassise». Et de proposer, pour mieux l’incarner:

Un Roger Federer? Une Lara Gut?


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