Le début de la COP27 a été marqué par des retards, les délégués ne parvenant pas à se mettre d’accord sur l’opportunité et la manière d’inscrire à l’ordre du jour la question des pertes et dommages, en référence aux conséquences du changement climatique subies par les pays les plus pauvres. Je ne veux pas être simpliste, mais au fond, il s’agit de la même question que nous posons chaque année de manière différente. Et, au final, aucun des participants ne repart satisfait.

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Il est bien sûr logique que cette COP, accueillie par le gouvernement égyptien et appelée aussi «COP africaine», souhaite mettre ces questions au premier plan. L’objectif de 100 milliards de dollars par an décidé lors de la COP21 n’a jamais été tenu, et les estimations pour compenser les pertes et les dommages sont bien plus élevées aujourd’hui, passant de 290 à 580 milliards de dollars par an d’ici à 2030, pour atteindre 1,7 trillion de dollars d’ici à 2050. Nous nous devons de trouver une autre façon de penser et de répondre à la question.

Les mots, aujourd’hui, de la première ministre de la Barbade, Mia Mottley, sonnent particulièrement juste: «Nos capacités d’accès aux voitures électriques, aux batteries et aux panneaux photovoltaïques sont limitées par les pays qui ont une présence dominante et peuvent produire pour eux-mêmes. Le Sud reste à la merci du Nord sur ces questions.» Pour les dirigeants politiques de ces pays, il est clair que la transition écologique est intrinsèquement liée aux produits de première nécessité, tels que les transports, l’électricité, l’eau potable, la nourriture et le logement. Ainsi, lorsque nous pensons à une «transition juste», il ne s’agit pas seulement de permettre aux populations de subsister tout en s’assurant qu’elles s’éloignent des anciens modes de fonctionnement sales et inefficaces, mais aussi d’utiliser la transition écologique pour débloquer un tout nouveau mode de vie. Nous savons que la technologie existe pour que cela se réalise.

Il faut savoir que les pays les plus pauvres s’appauvrissent chaque année davantage en important de l’énergie fossile à coups de devises étrangères. Il est indispensable d’envisager un bond technologique pour la transition écologique: passer d’une production centralisée d’énergie hors de prix avec une distribution qui n’atteint pas la périphérie à une production délocalisée, source de développement pour la population, au moyen d’énergies renouvelables qui sont devenues aujourd’hui les sources les moins chères. Il y a assez d’argent disponible dans le monde pour y arriver, mais les investissements dépendront de la stabilité politique des pays en question.

Un terme qui revient également dans les débats est celui de «transferts» des pays riches vers les pays pauvres. Transferts aussi bien financiers que technologiques. Faut-il mettre la priorité sur le financement de start-up locales, ou plutôt s’assurer que les solutions nécessaires soient rapidement adoptées dans le reste du monde?

J’ai envie de répondre «les deux». La première solution créera indéniablement de la propriété intellectuelle locale, et la seconde amènera des technologies qui auront déjà fait leurs preuves. Mais il ne devrait pas y avoir d’implémentation à grande échelle sans développement d’entreprises locales.

Pourtant il en existe de nombreuses qui répondent aux problématiques des communautés locales: un système namibien de mobilité électrique avec recharge photovoltaïque pour les zones reculées, un système solaire permettant de déshydrater les fruits et légumes pour éviter la détérioration des récoltes, ou des semences enrobées de molécules qui limitent les besoins en eau et en engrais.

Ce n’est pas un hasard si le 17e objectif du développement durable est le partenariat. Il doit devenir la pierre angulaire d’une transition écologique qui, si nous voulons qu’elle soit réussie, devra être juste et équilibrée entre les deux parties du globe. C’est à cela aussi qu’on pourra juger du succès de la COP27.

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