Spectacle

Bêtes de cirque, le grand malaise

Le regard du public sur les numéros mettant en scène des animaux a changé. Il passe désormais par le prisme de leur exploitation par l’homme

Nombreux sont ceux qui reconnaissent un certain malaise à la sortie des chapiteaux. Et les grandes familles du cirque en Suisse, ou en Europe, en font l’amer constat: la fréquentation des spectateurs est en baisse. De plus en plus de cirques font alors le choix de rompre avec la tradition et renoncent volontairement aux animaux gardés en captivité. Les Knie, par exemple, ont retiré les fauves de leurs programmes et en ont fait de même avec leurs éléphants en 2016. Le directeur technique du cirque, Franco Knie, a inauguré un zoo pour enfants à Rapperswil (SG) en 2015, préférant que le public vienne aux animaux, et non l’inverse.

Une pétition au Conseil fédéral

Le dressage, les changements constants de lieu, la température, la proximité avec les hommes, l’absence de baignade, le manque de mobilité ou leur maintien en cages, dont les tailles sont controversées, nuisent au bien-être des animaux. En mars, 70 676 personnes ont ainsi signé une pétition pour demander au Conseil fédéral l’interdiction de détenir des animaux sauvages dans les cirques du pays.

Aujourd’hui, l’éléphant en équilibre sur sa boule, le chimpanzé déguisé ou le dompteur de fauves usant de son fouet font rire jaune. Il existe une réelle prise de conscience. Les chiffres alarmants concernant leur extinction et le courant de pensée antispéciste, qui vise à l’abolition de la domination de l’homme sur l’animal, n’y sont certainement pas étrangers. Généralisé, cet éveil va bien au-delà de nos frontières.

Dans un «état de folie»

Le 1er mai, le quotidien français Libération a publié une tribune à ce sujet. Signée par des députés, journalistes, philosophes, photographes animaliers et vétérinaires, cette tribune alerte sur l’état de santé d’une éléphante de 50 ans nommée Maya. «Elle souffre des pieds et de stéréotypies attestant l’état de folie auquel ses conditions de vie et sa solitude l’ont conduite», écrivent-ils. L’association One Voice a enquêté sur ses conditions de détention par le cirque La Piste aux Etoiles. Plusieurs vétérinaires ont attesté que sa santé est en danger, mais elle continue pourtant d’entrer en piste.

L’association demande qu’elle puisse bénéficier d’une retraite, bien méritée, «dans le sanctuaire Elephant Haven, où sa place a été réservée». Une pétition lancée en novembre dernier pour la libérer a obtenu plus de 120 000 signatures. Le mouvement #JusticePourMaya est relayé sur les réseaux sociaux et rejoint celui du #CirquesSansAnimaux. «Son destin nous montre une fois de plus notre impuissance pour faire respecter le droit des animaux», écrit @MonikaFrance. «Les animaux ne sont pas des jouets ni des objets de loisir», ajoute @jp_animaliste:

Vingt-sept pays européens ont déjà pris leurs dispositions. Certains ont restreint la liste des animaux tolérés sous les grandes toiles de tente, comme l’Autriche, qui autorise les lions et les tigres, ou le Danemark, qui a choisi les éléphants d’Asie, les chameaux et les lamas. D’autres ont décidé d’interdire catégoriquement l’exploitation des animaux sauvages, à l’instar de la Belgique en 2013 ou plus récemment le gouvernement britannique, qui a annoncé mettre un terme à ces numéros à compter de 2020.

En France, le directeur de cirque Joseph Bouglione a annoncé le mois dernier la préparation de spectacles sans animaux. «Quand mes ancêtres ont eu leurs premiers fauves, ils étaient des millions à l’état sauvage. Aujourd’hui, ils sont quelques dizaines, quelques centaines au mieux», a-t-il déclaré au micro d’Europe 1. D’après un récent sondage, 67% des Français sont favorables à l’interdiction des animaux sauvages dans les cirques. Aucune loi nationale n’existe, mais 62 communes la mettent en pratique.

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