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ARCHIV - Ein stück Butter liegt am 05.09.2017 in Sieversdorf (Brandenburg) auf einer Scheibe Brot. (zu dpa «Butter billiger, Milch teurer - Neue Preise beim Taktgeber Aldi Nord» vom 01.11.2017) (KEYSTONE/DPA/Patrick Pleul)
© Patrick Pleul/DPA/Keystone

La vie à 30 ans

Le beurre, les épinards et la fille du laitier

OPINION. Pénurie annoncée: y aura-t-il du beurre à Noël? Notre chroniqueuse en a fait une fable: celle de la consommatrice qui se fait avoir

Il y a une fable laitière à raconter sur le beurre et son éventuelle pénurie, dont on nous fait des tartines depuis quelques jours. Notre beurre suisse, celui de nos meilleures vaches sur nos plus beaux alpages, est ainsi en passe de manquer ou presque. Les stocks sont au plus bas, paraît-il. Adieu la «montagne de beurre», antienne d’il y a encore si peu d’années. Bonjour la grande peur sur la plaquette au supermarché.

La première leçon de la fable, c’est qu’elle prend le risque de se réaliser toute seule, cette pénurie. On commence déjà à le voir en France, où elle est là aussi: les consommateurs se précipitent pour faire des réserves au frigo, accentuant une problématique de manière artificielle. Si le beurre manque, c’est que les distributeurs refusent de se réapprovisionner auprès des producteurs réclamant un meilleur prix.

Les vaches à l’abattoir

La deuxième leçon, c’est que cette histoire de pénurie est une blague faite aux nigauds que nous sommes. Oui, la demande augmente un peu dans le monde, et la production laitière baisse dans certains pays. A force de payer le prix du lait trop bas – il en faut environ 25 litres pour fabriquer un kilo de beurre –, les paysans laissent tomber le créneau et envoient les vaches à l’abattoir.

Il y a encore assez de lait, son prix devrait augmenter et les paysans mettre ledit beurre dans leurs épinards, mais non! le bras de fer demeure complètement inégal entre eux et la grande distribution. Le prix de la plaquette a doublé en Allemagne, il est à la hausse en France, mais coûte à peine 10 centimes de plus en Suisse. Air connu: ces marges en plus ne profitent absolument pas aux paysans, uniquement aux intermédiaires et aux distributeurs. La tartine, même beurrée, tombe toujours du côté du plus fort.

La morale idiote

La troisième leçon sera peut-être un genre de retour au XIXe siècle, lorsque le beurre d’avant les frigos était une denrée bourgeoise et chic que les bonnes familles suisses thésaurisaient. Pendant ce temps-là, les pauvres cuisinaient avec des graisses du genre saindoux, les plus riches singeaient la haute cuisine inventée en France en mettant du beurre un peu partout.

Je ne sais pas comment nous allons passer l’hiver et s’il y aura du beurre à Noël. Mais quand je passe devant les rayons de plaquettes des supermarchés augmentant leurs marges sans vouloir toucher au prix du lait, je sens que je me fais avoir. Ainsi, la fable laitière répète encore et toujours cette morale idiote où certains terminent avec le beurre, l’argent du beurre et la fille du laitier.


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