Débat

Le bien-être au travail, une arnaque?

Oui, le bien-être au travail est une arnaque, un pseudo-humanisme, dénonce Maxime Morand, spécialiste reconnu des ressources humaines. Non, le «corporate wellness» comporte de nombreux bienfaits, pour les collaborateurs comme pour l’entreprise, répond Marion Argi, professionnelle du domaine

Pour être performants, soyons bien dans notre peau. Le monde de l’entreprise ne se l’est pas fait dire deux fois. Sport, alimentation saine, méditation de pleine conscience, yoga, massages… les techniques de bien-être se multiplient au travail. Avec, à la clé, prédisent certains, une amélioration de la motivation des collaborateurs, une productivité en hausse, un absentéisme en baisse, des coûts en recul.

Mais cet engouement pour le «corporate wellness» crée aussi la polémique. Parce que le discours du bien-être pose la question de notre rapport au travail, de ce que nous y cherchons, des illusions que nous pouvons nourrir à ce sujet, et surtout du risque de voir les entreprises dicter un mode de vie déterminé à leurs employés, quitte à exclure ceux qui ne s'y conforment pas.

Le Temps a voulu faire vivre ce débat en demandant à deux invités de signer des tribunes aux vues diamétralement opposées.


Bien connu pour avoir longtemps été le responsable des ressources humaines d’un établissement bancaire genevois, Maxime Morand n’hésite pas. Pour lui, la mode du bien-être au travail est pernicieuse. L’obsession du développement personnel, qui constitue aujourd’hui «un courant pseudo-humaniste très puissant», fait «des ravages juteux dans le monde des magazines et des sites dédiés», écrit-il. Le travail, selon lui, n’a pas pour vocation de faire le bonheur des individus, pas davantage qu’il n’est destiné à les détruire. C’est dans cet entre-deux que doit prospérer la relation de travail.

Lire son texte ici: «Le bien-être au travail, c’est l’arnaque du nouveau siècle»

En face, Marion Argi, qui a créé One Step More, un site destiné à mettre en relation les entreprises et les professionnels du sport, de l’alimentation et du bien-être, défend la légitimité et l’utilité de telles techniques au sein des entreprises. Les pressions excessives qui s’exercent sur les salariés et que traduit, notamment, la multiplication des burn-out, appellent une meilleure prise en charge du bien-être physique et psychique des collaborateurs. Aux Etats-Unis, pionniers du «corporate wellness», des études ont calculé que la mauvaise hygiène de vie de la population était à l’origine de 450 millions de jours de travail manqués par an.

Lire son texte ici: «Défense des bienfaits du «corporate wellness»


Deux chercheurs, Carl Cederström et André Spicer, ont récemment publié une étude très critique dans laquelle ils mettent en évidence les travers dans lesquels tomberait, selon eux, la recherche généralisée du bien-être et la «quête paranoïaque du bonheur» (Le syndrome du bien-être, traduit de l’anglais par Edouard Jacquemoud, Ed. L’échappée). Le compte rendu qu’en a fait Le Temps a rencontré un écho considérable sur les réseaux sociaux, preuve que le sujet interpelle fortement le public.

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