En discussion depuis les années 90, maintes fois reportée, la réduction à 0,5 pour mille au volant sera bientôt une réalité. Ces années de palabres donnent la mesure des résistances engendrées par l'abaissement du taux d'alcoolémie. Dans un pays attentif aux libertés individuelles, mais aussi dans un pays de vins, de bières et d'eaux de vie, un rien porté sur la boisson (15% au moins de la population suisse boit trop), il fallait un certain courage politique pour défendre cette initiative, forcément impopulaire. Bravo à Moritz Leuenberger d'avoir revêtu la bure du moine abstinent et d'avoir mené la réglementation à son terme.

Parions que les statistiques routières refléteront bientôt la nouvelle donne légale. Celle-ci sauvera des vies. Elle sera efficace. L'idée d'un 0,2 pour mille, voire d'une tolérance zéro, fera alors son chemin dans les consciences, états-majors et cénacles politiques. Car un autre seuil de tolérance a récemment été abaissé: les accidents de la circulation sont de moins en moins perçus, et surtout acceptés comme une fatalité statistique, mais bien comme la conséquence fréquente de comportements inadaptés, inconscients, voire violents. Ce changement de point de vue n'est pas une bonne nouvelle pour les «libertés individuelles» sur la route. Il annonce un alourdissement inéluctable de l'appareil répressif, qui pèse déjà bon poids.

Le 0,0 pour mille aurait aussi pour avantage de lever les ambiguïtés sur d'autres tolérances, celles-là physiologiques, qui modulent la capacité à conduire après l'absorption d'alcool. Un verre, un verre et demi, deux verres, combien pour atteindre le 0,5? Avec le zéro, au moins, une claire séparation serait établie entre la voiture et l'alcool. Une paroi étanche serait dressée entre le moyen de locomotion et le plaisir de partager un bon vin, ou une bonne eau-de-vie. Mais, pardonnez la facilité de langage, il y a ici encore loin de la coupe aux lèvres.

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