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Le mur des Réformateurs à Genève, avec de gauche à droite les statues de Guillaume Farel, Jean Calvin, Théodore de Bèze et l'Ecossais John Knox.
© GAETAN BALLY

Editorial

Bienvenue dans l’âge post-protestant

Les églises réformées sont vides, mais les valeurs associées au protestantisme n’ont jamais été aussi dominantes. Peuvent-elles survivre à la fin de leur religion?

Que reste-t-il de la forme de christianisme inventée par Luther et ses partisans il y a exactement 500 ans? Plus grand-chose, si l’on en croit les titres que les médias consacrent ces jours à la Réforme. A Zurich, l’Eglise à court d’argent songe à vendre ses temples, dont la plupart sont généralement vides. En Scandinavie, le taux de pratiquants parmi les protestants déclarés atteint un tréfonds historique, entre 3 et 6%. En Europe, la proportion des protestants a baissé de 22% dans les années 1970 à 16% aujourd’hui.

Cinq siècles après avoir prôné la liberté de conscience, la révolte contre l’institution ecclésiastique et le scepticisme envers les dogmes établis, le protestantisme paraît avoir atteint le bout du chemin. Ses ouailles sont aujourd’hui si éclairées, si tolérantes, si éduquées et prospères qu’elles ont abandonné la foi. Le protestantisme comme religion d’Etat qui structurait la société a vécu, alors que des doctrines moins libérales comme le catholicisme, l’islam ou le christianisme évangélique d’inspiration américaine résistent mieux.

Lire aussi: «Les sans-religion représentent 22% de la population en Suisse»

Paradoxalement, alors qu’il décline sur le plan religieux, le protestantisme fête de nouvelles victoires sur le plan politique. Des intellectuels comme Régis Debray ou Peter Sloterdijk ont vu dans la victoire présidentielle d’Emmanuel Macron en France le signe d’une conversion du pays à une sorte de protestantisme laïcisé.

«Je vois en effet dans l’élection de ce jeune homme, travailleur et travaillé par la philosophie, la revanche sublime d’un protestantisme quasi éliminé en France lors de la révocation de l’édit de Nantes», expliquait Peter Sloterdijk en septembre dans Le Point.

Travail, sérieux, responsabilité, goût de l’économie, transparence, autant de vertus identifiées au protestantisme, sont devenues la nouvelle doxa du monde globalisé.

C’est certainement réjouissant. Mais quelque chose s’est perdu en route, lors de cette sublimation d’une religion en valeurs séculières assorties de rites résiduels, lors des mariages ou des enterrements.

Lire aussi notre enquête sur l’héritage de la Réforme: Nous sommes tous protestants (22/117/2016)

En Suisse notamment, la Réforme avait pris une forme particulière, populaire et concrète, avec son esthétique simple et claire, ses orgues et ses cantiques, ses églises décorées de fleurs où une grosse bible ancestrale trône sur l’autel. Autant de symboles qui appartiennent de plus en plus au monde du patrimoine, du folklore, du passé.

Surtout, au-delà ou plutôt à travers ces formes, le protestantisme offrait un maillage humain qui irriguait profondément la société. C’est cela qu’il conviendrait de revivifier, de remettre au goût du jour. Pour que le protestantisme ne se réduise pas à «la sécheresse d’une sociologie», comme l’a formulé l’autre jour Emmanuel Macron en s’adressant aux réformés de France. Et pour qu’il continue à offrir une alternative aux obscurantismes et aux fanatismes, qui menacent toujours de prospérer lorsque le désert spirituel s’installe.

Lire également: «Chaque génération est moins religieuse que la précédente»

Dossier
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