L'orage est l'un des plus beaux spectacles qui soient. Un opéra impromptu qu'on savoure, stupéfait, au milieu de la nuit. Un pur spectacle de la nature, fort et irrésistible comme une éruption volcanique ou une tempête en mer, et qui nous renvoie opportunément à notre humble condition. Aujourd'hui, la splendeur violente du feu du ciel nous touche probablement autant que nos ancêtres, même si, évidemment, nous n'y voyons plus l'expression de la colère divine.

Les nombreux accidents survenus lundi, dont le nombre constitue probablement un record, montrent que le risque orageux n'est pas pris suffisamment au sérieux par les randonneurs et les alpinistes. Par exemple, deux groupes ont été surpris sur des «4000» isolés, d'où une retraite rapide est impossible, le Finsteraarhorn et le Lyskamm – des courses longues dans lesquelles il n'est pas raisonnable de s'embarquer avec une météo incertaine.

Ceux qui l'ont vécu savent qu'être coincé en montagne par un orage est une expérience véritablement traumatisante et terriblement dangereuse, au point que l'on donnerait beaucoup pour ne pas être au cœur du spectacle.

A la décharge (sans jeu de mots) des accidentés et des morts de lundi, il faut dire que ces orages étaient d'un type particulier, formés la veille déjà sur le Massif central, et d'une intensité hors du commun. Il n'empêche: lorsque la météo est mauvaise, l'insouciance n'est pas de mise. Mais elle est de notre époque, certes, qui nous donne l'illusion que tout est explicable et par conséquent maîtrisable, et que l'on ne saurait renoncer à un projet prévu de longue date pour de vulgaires raisons météorologiques.

Ces orages inhabituels, cette canicule exceptionnelle nous signalent aussi, très concrètement, que le climat change. Ce sont même les deux principaux changements que prédisent les climatologues pour le siècle à venir. Bienvenue au siècle des orages…

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