Éditorial

Big bang protectionniste

ÉDITORIAL. Donald Trump a déclenché la guerre commerciale avec la Chine. Un conflit qui va devenir mondial et auquel les Européens sont mal préparés

Fini les gesticulations, cette fois-ci Donald Trump a bel et bien déclenché les hostilités en frappant de droits de douane de 25% 818 produits chinois pour un montant de 34 milliards de dollars. La Chine a aussitôt annoncé la riposte avec sa propre liste. Le président américain promet un deuxième assaut fin juillet. Il s’est déjà dit prêt à faire monter les enchères jusqu’à 500 milliards de taxes, l’équivalent du montant des importations américaines de produits chinois. But de l’opération: réindustrialiser les Etats-Unis et ramener les échanges économiques à un jeu à somme nulle. Un leurre.

Cette guerre commerciale est menée tous azimuts. Les Européens en ont eu un avant-goût il y a quelques semaines avec la taxation de l’acier et de l’aluminium. Leur grande crainte est que Donald Trump sanctionne l’industrie automobile, un pilier de l’économie européenne. Il n’y a plus guère de doute qu’il passera à l’acte. Cela pour deux raisons. La première est électoraliste. Il compte ainsi gagner des voix auprès de son électorat nationaliste en vue des élections de mi-mandat, en novembre prochain, qui pourraient le voir perdre sa majorité au Congrès.

Les convictions de Trump

Mais, contrairement à certains de ses prédécesseurs républicains, Donald Trump n’agit pas que par opportunisme. Au-delà du calcul politicien, il agit par conviction personnelle, celle d’un homme persuadé de la toute-puissance des Etats-Unis, qui ne peuvent être mieux servis que par eux-mêmes et la maîtrise de leurs frontières. De ce point de vue, le multilatéralisme est une camisole de force, la globalisation économique libérale, une recette du déclin américain.

Dans cette bataille tarifaire, les rapports de force reviennent au cœur des relations entre Etats-nations. Sur leur chemin, les Etats-Unis trouveront principalement la Chine, un pays qui a désormais un contre-modèle politique et économique à offrir au monde: celui d’un capitalisme autoritaire. Dans le jeu des alliances, Pékin va jouer les cartes asiatique – scénario désormais possible, les alliés de Washington dans la région se sentant lâchés – et européenne.

Tâche herculéenne

L’Europe est en effet le troisième pôle de ce big bang protectionniste. Dernier garant de l’ordre libéral, l’Union européenne aurait une carte à jouer, celle de l’alternative aux impérialismes américain et chinois, en s’érigeant comme le défenseur du droit au nom des Etats les plus faibles. Une tâche herculéenne. Déjà tiraillés par leurs contradictions, les Européens seront pilonnés aussi bien par Washington que Pékin, qui joueront de leurs divisions pour en faire les pions d’un jeu à deux.

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Après l’incantation de la paix, discours devenu inaudible pour justifier son existence aux oreilles des nouvelles générations, l’UE trouvait du sens dans la promesse de mieux pouvoir se défendre ensemble contre ces deux puissances le moment venu. On y est.

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