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A Marseille, au début du mois d'août.

Revue de presse

Le bikini et le burkini? Liberté oui, égalité non

En France, l’affaire du maillot de bain intégral ne devrait même pas faire débat. Mais elle en dit long sur l’état émotionnel actuel d’un pays traumatisé par l’islamisme radical. Les médias tentent d’ouvrir le débat, en se heurtant souvent au dilemme né de l’échec intégrationniste

«Une vision archaïque de la place de la femme dans l’espace public», dit-il: le premier ministre français, Manuel Valls, apporte, dans un entretien donné mercredi à La Provence, son soutien aux maires qui interdisent le burkini, tenue couvrant le corps et la tête portée par certaines musulmanes pour la baignade qui fait actuellement polémique en Europe occidentale. Particulièrement en France, où plusieurs communes côtières ont pris ces derniers jours des arrêtés pour prohiber cette tenue, considérant qu’elle constitue le signe d’une revendication communautaire d’un islam politique.

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«Les plages, comme tout espace public, doivent être préservées des revendications religieuses», souligne le chef du gouvernement. Or le burkini «est la traduction d’un projet politique, de contre-société, fondé notamment sur l’asservissement de la femme», estime-t-il. Derrière le burkini, «il y a l’idée que, par nature, les femmes seraient impudiques, impures, qu’elles devraient donc être totalement couvertes. Ce n’est pas compatible avec les valeurs de la France et de la République.»

«Provocation inutile pour les uns, polémique stérile pour les autres, le débat sur le burkini a dépassé les frontières hexagonales et suscite beaucoup d’incompréhension à l’étranger, en particulier dans les pays anglo-saxons», selon la revue de presse à laquelle s’est livré Le Figaro. D’ailleurs, en principe, reconnaissons-le avec Polityka en Pologne – que cite Eurotopics: «Cette affaire ne devrait même pas faire débat, mais elle en dit long sur l’état émotionnel actuel des Français. Car il ne s’agit pas ici d’islamisme radical. La France vit sous la peur, ce qui peut se comprendre après la série d’attentats récemment perpétrés par des extrémistes. Elle doit cependant éviter de faire n’importe quoi.»

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Libération, de son côté, consacre aussi ce mercredi matin pas moins de 5 pages à ce «pavé dans la mer», chapeautées par un éditorial où il est dit qu'«il faudrait avoir l’esprit particulièrement tordu pour soutenir» que le port du burkini «serait une mode anodine ou, a fortiori, un vecteur d’émancipation féminine. Dans la grande majorité des cas, il s’agit d’un signe religieux ostentatoire qui renvoie à une interprétation rigoriste des textes sacrés et qui assigne à la femme un rôle second. Si tel n’était pas le cas, d’ailleurs, pourquoi ces prescriptions seraient-elles réservées aux femmes et non étendues aux hommes?»

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Mais l’évidence suffit-elle à justifier l’interdiction? Non, répond «Libé», car «en s’attaquant aux musulmans en général, on tend à les rejeter de la République. Alors que c’est en démontrant la réalité de leur intégration qu’on peut un jour assécher le vivier islamiste.» C’est exactement ce que tente d’ailleurs ce mercredi Le Monde, sur 4 pages, en plaidant en faveur des «élites musulmanes de France», celles qui «veulent désormais peser dans les débats publics» et dont il publie une sélection de tribunes visant à «rendre visible un islam de reconnaissance». Un islam qui transcenderait ce «champ de bataille» des plages décrit par la Tribune de Genève.

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Reste que le burkini, pour revenir à ce symptôme d’une crise beaucoup plus profonde outre-Jura, «rejoint le rayon des accessoires vestimentaires que l’on arbore comme un discours militant, un langage contestataire, une affirmation de soi», reconnaît La Croix. Mais «en France, chacun(e) est libre de choisir son habillement, dès lors qu’il respecte les lois relatives à l’ordre public.

Ne pas être naïf

Le burkini a donc droit de cité, même s’il ne faut pas être naïf: celles qui le portent défendent souvent une vision communautariste de la vie en société et savent qu’elles exercent une forme de pression sur leur entourage. […] Une musulmane peut aussi – et c’est tant mieux! – se baigner en bikini.» Mais il y a «cinq bonnes raisons de porter» tout de même «un burkini, et pas seulement pour embêter les Français», plaide une tribune libre publiée par le Guardian.

Outre-Atlantique, «un journal progressiste comme le New York Times s’est fendu d’un titre aussi ironique que méprisant, en affirmant que le burkini était la dernière menace pour la sécurité en France», fait remarquer le quotidien espagnol ABC. Lequel a bien «du mal à s’imaginer que de pareilles blagues eussent été faites quand l’Occident a mis fin à d’autres principes misogynes ces dernières décennies. Cette contradiction s’explique par le rôle de l’extrême gauche dans le mouvement féministe. Elle préconise à la fois le multiculturalisme et l’anti-impérialisme et va jusqu’à voir dans le burkini un signe de la résistance contre l’impérialisme culturel. Peu lui chaut que la différence entre bikini et burkini soit les valeurs de liberté et d’égalité: la liberté des femmes de s’habiller comme elles l’entendent et de montrer leur corps comme les hommes – face à l’oppression fondamentaliste des femmes.»

Le débat, autrement dit, naît d’un dilemme, que pointe la Süddeutsche Zeitung en constatant que «l’interdiction de la burqa, en vigueur en France depuis déjà six ans, n’a servi à rien»: «Le nombre de femmes vêtues de la tête aux pieds défilant dans les rues françaises n’a pas diminué. […] La plupart du temps, la police ferme les yeux. Dans les banlieues défavorisées les agents sont à la recherche de suspects autrement plus dangereux que ces femmes, jeunes pour la plupart, dont le niveau d’éducation est plutôt élevé (selon les études), qui font fi de l’interdiction du voile intégral. […] La tentative de freiner l’expansion du fondamentalisme islamique par un acte symbolique n’a guère mieux réussi. […] L’interdiction de la burqa part d’une bonne intention. Mais elle a donné lieu à des attentes auxquelles un Etat libéral n’a jamais su répondre. Elle a abouti à une tendance dangereuse, nourrie par la frustration et la colère. La séparation de l’Eglise et de l’Etat, qui se voulait autrefois la promesse de la liberté individuelle, est dévoyée par les populistes pour s’attaquer aux citoyens de confession différente.»

Un autre son de cloche retentit dans Courrier international, qui publie un article du site Algérie Focus, prétendant que «les musulmans de France devraient respecter les règles du pays». Si, il y a 1300 ans, certains «vivaient déjà dans le sud de la France», il paraît aujourd’hui «hors de propos de leur demander d’abdiquer quoi que ce soit de leurs croyances ou de leurs traditions».

Prendre de la hauteur

En revanche, il serait «plus intelligent de prendre de la hauteur et d’éviter de tendre des bâtons pour se faire battre. Adapter certains comportements, éviter les provocations inutiles et se faire remarquer par son exemplarité; cela pourrait être beaucoup plus efficace que s’entêter dans des parties de bras de fer inutiles et perdues d’avance eu égard au rapport de forces. Des associations juives réservent des piscines pour femmes exclusivement sans que personne s’en émeuve.»

Enfin, il y a la question purement hexagonale. Que traduit une tribune de l’Independent, où il est clairement dit que «les hommes blancs d’âge mûr […] n’ont pas le droit de dire aux femmes de ne pas porter le burkini». Décision «mauvaise et contre-productive»! Cette tradition d’ingérence culturelle et sexiste française «est difficile à comprendre». Et de fustiger ce «mot péjoratif» qui désigne ce que les Français craignent: le «communautarisme». Mot intraduisible en anglais. Quelque chose comme la «promotion de cultures séparées».

Les Britanniques, eux, appellent cela le multiculturalisme. Ils ne le célèbrent pas toujours mais en sont souvent fiers. Voilà la différence.

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