Musique

Bilal Hassani, le «roi» qui illumine les réseaux sociaux

Le chanteur de 19 ans représentera la France à l’Eurovision en mai prochain. Dans sa chanson «Roi», il assume sa part de féminité et son homosexualité. Au point de s’imposer comme un modèle pour de nombreux jeunes

Un jeune homme de 19 ans secoue un drapeau tricolore face à une foule en délire. Son nom: Bilal Hassani. Perruque blonde sur la tête, il a savouré dimanche sa victoire lors du concours pour représenter la France à l’Eurovision, qui aura lieu en mai à Tel-Aviv. «Merci! Merci! Merci!» a-t-il lancé sur le plateau de France Télévisions. Dans la chanson Roi, le chanteur d’origine marocaine raconte son histoire personnelle. Celle d’un garçon qui danse et subit les regards moqueurs de ses camarades de classe. Une homophobie qui ne l’empêche pas d’avancer. Il le chante avec force: «Moi je suis le même depuis tout petit/Et malgré les regards, les avis/Je pleure, je sors et je ris.»

Son énergie a séduit de nombreux téléspectateurs, au point d’éclipser des personnalités comme Chimène Badi ou Emmanuel Moire, également candidats. C’est un rêve d’enfant qui se réalise pour celui qui admire Conchita Wurst, le chanteur à barbe autrichien qui avait remporté l’Eurovision en 2014. Résultat: il multiplie les interventions médiatiques.

Communauté en ligne

Lundi, il répondait aux questions de Léa Salamé dans la matinale de France Inter. «L’intérêt du morceau est de parler d’acceptation de soi, d’affirmation de soi et je pense que c’est un message que je voulais vraiment véhiculer et qui a résonné auprès de beaucoup de personnes», a-t-il confié. Fier de défendre les couleurs de son pays, il a fait part de son envie de raconter son aventure à ses enfants. Des internautes ont alors imaginé la réaction de Christine Boutin, personnalité politique opposée au mariage et à l’adoption pour les couples de même sexe: «Elle a dû recracher son café par les narines»…

Avant d’être une star du petit écran, Bilal Hassani est le chouchou des réseaux sociaux. Il peut compter sur le soutien sans faille de sa communauté en ligne, soit près de 130 000 abonnés sur Twitter et plus de 800 000 sur sa chaîne YouTube. Pendant l’émission, des appels à voter pour lui ont inondé les réseaux sociaux. L’artiste est désormais couvert de messages de félicitations. «Dans cette époque envahie par la haine, l’outrance, l’intolérance (et pas seulement en France), la fraîcheur, l’intelligence et la personnalité de ce jeune homme sont comme des rayons de soleil dans l’eau glacée de notre rancœur collective. Vive @iambilalhassani!!!» s’exclame l’ancien journaliste Jérôme Godefroy sur Twitter.

Déferlement de haine

Mais la gentillesse et la tolérance ne règnent pas sur le web. Sa féminité assumée et son envie de casser les codes déclenchent un torrent de réactions haineuses. Il reçoit dix messages homophobes ou racistes par minute. «Je mentirais si je disais que ça ne m’atteint pas», a-t-il admis au micro de France Inter. Avant d’ajouter: «J’essaie de ne pas me concentrer dessus sinon je vivrais un enfer.» Pour tenter d’échapper à cette violence, il utilise une application qui modère les commentaires sur YouTube.

Des dérapages se glissent également dans la presse. Le dessinateur Man, qui sévit dans les pages du journal Midi libre, a réalisé une caricature de Bilal Hassani la tête coincée dans une guillotine. «C’est vous qui voyez… Cela dit, les rois en France… Chouette perruque, sinon», lâche le bourreau. Le duo Madame Monsieur, qui a participé à l’écriture de la chanson Roi, s’en est offusqué sur Twitter: «Derrière ce dessin, il y a un garçon de 19 ans. Ne vous en déplaise, @iambilalhassani est un modèle de courage et une force pour des millions de jeunes. Ces mêmes jeunes qui, face à votre violence, n’osent pas vivre leur vie librement. Ça justifie cette chanson.»

Dans l’émission TPMP People, produit de l’animateur Cyril Hanouna, une chroniqueuse avait tenu des propos transphobes: «On dirait un concours de déguisements et de travestis. Je n’ai rien contre ce garçon qui a l’air très sympathique, mais on juge des chanteurs en principe.» Face au tollé provoqué par cette séquence, l’animateur Matthieu Delormeau a fini par s’excuser.

Le collectif Urgence Homophobie s’est associé à Stop Homophobie pour attaquer en justice les auteurs de messages violents. «On ne le fait pas parce que Bilal a une notoriété. On le fait parce que c’est terriblement injuste ce qui lui arrive, que c’est un exemple pour beaucoup de jeunes aujourd’hui, un exemple de liberté, de libération», a affirmé Guillaume Mélanie, le président de l’association, sur BFMTV. S’il refuse d’endosser le rôle de porte-parole d’une communauté, Bilal Hassani se réjouit d’être une source d’espoir. Un roi de la tolérance, en somme.

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