Opinion

Le bilan de la libre circulation est globalement positif

Alors que des voix au sein du PLR, à l’image du conseiller national Benoît Genecand, questionnent les bénéfices de la libre circulation, le président de la section genevoise du parti, Alexandre de Senarclens, rappelle pourquoi les «bilatérales» sont bénéfiques pour la Suisse. Mais il faut renforcer les «mesures d’accompagnement»

La libre circulation des personnes entre la Suisse et l’Union européenne fait débat ces derniers temps. Elle aurait même tous les torts, elle exacerberait la concurrence, précariserait le travailleur suisse et serait la cause d’une «surpopulation» en Suisse. C’est en fait un malaise plus profond qui s’exprime à l’égard de la globalisation, des nouvelles technologies, d’un monde qui change de plus en plus vite et qui bouscule nos repères. La croissance de la population a en effet connu des niveaux très importants dans notre pays et engendré une pénurie de logements. Nos infrastructures, en particulier de transports, sont mises à mal.

Par ailleurs, notre prospérité et les crises que connaissent certains pays de l’UE ont eu pour effet l’augmentation massive du franc suisse, rendant notre pays encore plus attractif pour les entreprises étrangères à la recherche de mandats ou pour les travailleurs européens à la recherche d’emploi. Ce ressenti est présent au sein de la population et il ne faut pas l’éluder. C’est un fait que le monde est plus compétitif et plus incertain. Il est important de le reconnaître et d’y apporter une réponse. Cela étant, quel est le bilan de la libre circulation des personnes en Suisse?

La libre circulation c’est la croissance

Il convient de rappeler que cette liberté fait partie des «bilatérales» entrées en vigueur en 2002 et que ces accords ont apporté quinze ans de croissance et de prospérité, alors que le monde a été secoué par la plus grave crise économique depuis les années 30. Les bilatérales constituent l’accord-cadre qui relie la Suisse à notre principal partenaire commercial, à savoir l’UE. La Suisse est un des pays le plus exportateur au monde, un franc sur deux étant gagné à l’étranger. Parmi ces exportations, la moitié est destinée aux pays européens et ses 500 millions de consommateurs. Ainsi, grâce aux bilatérales, nos entreprises ont un accès facilité à leur principal marché. La résiliation de ces accords créerait des barrières à l’entrée de l’UE et mettrait, par conséquent, en danger de nombreux emplois en Suisse.

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En outre, ces accords permettent à de nombreux Suisses d’aller travailler dans l’UE, d’y développer des compétences et, d’apporter celles-ci à la Suisse. Aussi, ces accords permettent aux Suisses de participer à de nombreux programmes de l’UE. En particulier, le programme de recherche scientifique Horizon 2020 qui profite aux hautes écoles suisses (en cinquième position des pays bénéficiaires) dans des projets innovants qui permettent d’attirer les meilleurs étudiants et collaborateurs. A l’heure où l’innovation est centrale dans le cadre de la 4e révolution industrielle, la résiliation de cet accord ferait fuir les meilleurs éléments de nos universités et, par conséquent, nuirait à notre avenir économique.

Aussi, sans la croissance que nous ont apportées les bilatérales, Genève n’aurait pas pu investir entre 500 et 800 millions par an pour notre hôpital cantonal, nos écoles, nos routes. Sans cette prospérité, le chômage n’aurait pas baissé mais bien augmenté. Sans cette manne, l’Etat de Genève n’aurait pas pu assurer ses importantes prestations sociales, en particulier le versement de plus de 300 millions de subsides qui aident tant de Genevois à payer des primes d’assurance maladie en augmentation continue. La libre circulation des personnes, avec les bilatérales, a ainsi apporté beaucoup d’emplois, de travail pour nos PME et des moyens à l’Etat pour assurer ses tâches dans le domaine de l’éducation, de la santé et du social. Toute la population en a profité.

Plus d’avantages que d’inconvénients

Certes, cette croissance a eu des effets secondaires, tels que ceux énumérés plus haut. Mais, dans la balance de ce que nous ont apporté les bilatérales, ces inconvénients pèsent moins lourd que les avantages très importants dont nous avons pu bénéficier. Alors, il nous faut continuer notre effort et renforcer les «mesures d’accompagnement» pour éviter que cette concurrence ne soit source de dumping salarial et de concurrence déloyale pour nos travailleurs et nos PME. C’est ce qui se fait de façon ambitieuse à Genève avec l’Etat, les syndicats et le patronat. Ce dispositif a été renforcé récemment. Il conviendra d’en faire le bilan le moment venu.

La Suisse tient sa prospérité par son ouverture. C’est dans ses gênes de conquérir des marchés et d’accepter la compétition internationale. Elle a admirablement réussi en devenant un champion mondial de l’exportation avec des PME et des multinationales qui font notre admiration et celle du monde entier. Certains revendiquent leur patriotisme pour expliquer qu’il vaut mieux nous barricader derrière nos frontières. C’est tout l’inverse que nous devons promouvoir. A savoir la fierté de ce si petit pays qui a pu se faire connaître parce qu’il savait justement sortir de ses frontières, aller vers l’autre, lui faire découvrir ses traditions et son excellence. Ainsi, soyons sûrs de nous, confiants dans notre capacité à évoluer tout en restant attachés à nos traditions. Ne revenons pas en arrière, tournons-nous vers l’avenir, fidèle à notre histoire. Et si nous devons être chauvins, alors que l’ouverture au monde soit le plus grand motif de patriotisme!

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