Médias

Billag n'a pas la cote sur les réseaux 

Le rejet unanime de l’initiative pour supprimer la redevance radio-TV au Conseil des Etats tranche avec la grogne des utilisateurs qui critiquent une opération de «vol organisé»

En pleine crise des médias, l’initiative «No Billag» brise un tabou: les ménages suisses doivent-ils continuer à payer pour les prestations fournies par la SSR? Le texte d’initiative exigeant la suppression de la redevance radio-TV vient d’être sèchement rejeté par le Conseil des Etats. Le débat doit encore se poursuivre au Conseil national, où il sera probablement mieux accueilli avant d’être soumis en votation. Hors des cercles politiques, qu’en pense la population?

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Pour les défenseurs de la redevance, «No Billag» est une «initiative de destruction culturelle massive» qui risque d’engendrer une «berlusconisation de l’information». «Oui, il faut discuter du financement des médias suisses; mais certainement pas commencer par supprimer Billag avant», estime @Munsterma sur Twitter. Mercredi, la Chambre haute a fait barrage en bloc. Les internautes s’en moquent. «Les loups du libéralisme à tous crins s’écrasent contre la lucarne du service public», lâche @metralch. «Super, on privatise la Poste à tours de bras, mais pour la redevance par contre…», tance Robert Wagner sur Facebook.

Il faut dire que la taxe de quelque 450 francs par ménage n’est pas des plus populaires sur les réseaux sociaux. On l’associe tantôt à un «vol organisé par l’Etat», tantôt à une «manœuvre pour plumer les citoyens sans raison», ce qui revient somme toute au même. «Cela fait depuis un sacré moment que je dis qu’il faut shooter Billag et passer la redevance dans les impôts», lance @swisstengu. «C’est soit on a des pubs, soit on paye Billag. Pas les 2», juge @FreesyGaming. «J’aimerais qu’on m’explique ce que je consomme!», exige quant à lui @FredBlaise.

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«La poule aux œufs d’or»

Certains n’hésitent pas à s’attaquer au monument SSR, souvent qualifiée de «vache sacrée» veillant jalousement sur son monopole. «Le budget du costume de M. @DariusRochebin est-il inclus dans le budget information ou divertissement? #nobillag #nonobillag #yesfreepress», s’interroge @aroom_, avant d’ajouter: «si le seul argument de Doris c’est qu’on a besoin de cette taxe pour pouvoir mater les matchs de Roger à l’œil…» L’entreprise Billag, chargée de percevoir la redevance, est ainsi comparée aux assurances maladie qui ne visent que le bénéfice. «Vous pensez bien que nos politiques ne veulent pas casser la poule aux œufs d’or», ironise un internaute sur Facebook.

«Je ne suis pas contre le fait de payer une redevance, mais je trouve le montant actuel trop élevé, plus cher que tous les pays européens», explique une internaute. En France, la contribution à l’audiovisuel public s’élève à 136 euros. La moyenne européenne avoisine les 143,70 euros. Billag, trop cher et pas assez transparent, lit-on. «Les détails financiers de l’opération devraient obligatoirement être rendus publics #oùvamonargent», juge une usagère. Un aspect de la politique Billag reste pendant devant la justice. Le remboursement de la TVA perçue sur la redevance avant 2015 est contesté par l’Office fédérale de la communication. Le Tribunal fédéral tranchera.

«Démocratie directe hein»

Parmi le flot de critiques, quelques solutions émergent pour financer le 1,23 milliard de francs que rapporte la redevance chaque année. «Instaurons la taxe d’audience. Comme ça, tout le monde paye d’après sa consommation», propose Eric Beuret. «Vivant seule, je paie le même prix qu’un ménage de plusieurs personnes. Ils pourraient faire des tarifs différents», estime quant à elle Laetitia Genin. Sans supprimer la taxe, certains souhaitent que la facturation et la collecte ne soient plus réalisées par Billag. «On économisera déjà beaucoup d’argent», affirme Virginie de Ville.

La grogne populaire contraste avec le rejet massif aux Etats. «Démocratie directe hein», sourit un internaute, qui suggère que les politiciens ne sont pas des personnes comme les autres.

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