Les grandes initiatives environnementales lancées à Rio en 1992 sous l’égide de l’ONU sont décidément sous les feux de l’actualité. Après la Conférence de Copenhague consacrée à la lutte contre le réchauffement climatique le mois dernier, voici ce lundi le début officiel de l’année de la biodiversité, un problème plus complexe encore à circonscrire et à gérer que le précédent.

La biodiversité sous toutes ses formes (variété des espèces, pluralité des écosystèmes, richesse des patrimoines génétiques) est aujourd’hui en recul. Elle le doit pour l’essentiel à deux types d’interventions humaines: la surexploitation de certaines ressources naturelles (comme la faune marine) et la transformation d’énormes pans de nature sauvage (de forêts tropicales notamment) en pâtures ou en terres cultivées.

La surexploitation des ressources utiles à l’homme peut et doit être combattue. Elle sacrifie des intérêts vitaux à long terme au bénéfice d’intérêts immédiats et, souvent, très minoritaires. La «domestication» d’immenses espaces sauvages, en revanche, est plus difficilement condamnable. Elle est jusqu’à nouvel avis le seul moyen de nourrir une population mondiale en croissance très rapide, censée gagner d’ici à 2050 deux milliards d’êtres humains.

Le statu quo, dans ces conditions, est rigoureusement impossible. Bien sûr, des réserves pourront être créées et des mesures prises pour intéresser davantage les hommes à la préservation de la nature. Mais on ne pourra pas sanctuariser suffisamment de territoires pour tout sauver. Des espaces aujourd’hui encore sauvages vont être bouleversés et d’innombrables espèces disparaîtront.

Les pays en développement, où se trouvent les plus riches puits de biodiversité, n’ont d’ailleurs pas pour priorité l’immobilisme mais la croissance. Et les pays industrialisés, où se concentrent la plupart des organisations de conservation de la nature, sont mal placés pour leur faire la leçon, eux qui ont largement apprivoisé leur propre nature… et s’en portent très bien.

Une seule question se pose dès lors: quelle biodiversité voulons-nous? C’est-à-dire quelle biodiversité sommes-nous prêts à préserver et au prix de quels sacrifices? Plus clairement le débat sera posé, plus vite il aboutira. Et il y a urgence.

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