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L’égérie des Pirates islandais, Birgitta Jonsdottir, en mai dernier à Reykjavik.
© Gwladys Fouche/Reuters

Revue de presse

Avec Birgitta Jonsdottir, le parti des Pirates a le vent en poupe en Islande

Poète, pirate, et peut-être prochaine dirigeante de l’île aux volcans, cette politicienne atypique veut congédier, lors des législatives de ce samedi, la coalition de centre droit associée aux faillites bancaires de 2008 et au scandale des comptes offshore révélés par les Panama Papers

Prénom: «Birgitta fille de Jon», puisqu’il n’y a pas de nom de famille en Islande. Tombée dans la marmite libertaire quand elle était petite, Birgitta Jonsdottir est la voix du Parti pirate islandais, qui occupe trois sièges parlementaires depuis 2013. Mais elle répète partout, et aussi sur sa page Facebook, «ne pas être une leader»: en réalité, cette pasionaria 2.0, ancienne porte-parole de WikiLeaks et collaboratrice de Julian Assange, renâcle à incarner le pouvoir. Et pourtant. La fondatrice des «Piratar», qui ont le vent en poupe avec leurs 1500 adhérents, est «pressentie pour devenir la prochaine première ministre de l’Islande», écrit Le Monde, qui en a fait un saisissant portrait.

Lire aussi: L’Islande, l’île aux pirates (15.04.2015)

«Nous sommes en train de passer un entretien d’embauche avec la nation», dit-elle. Car au soir des élections législatives anticipées de ce samedi, les Pirates, créés en 2012 sur le modèle de leur aîné suédois, pourraient être en mesure de négocier la formation d’une coalition gouvernementale avec l’opposition, constellation inédite de partis plutôt marqués à gauche et un peu au centre. Avec pour objectif de congédier celle de centre droit, associée aux faillites bancaires de 2008 et au scandale des comptes offshore révélés en avril dernier par les Panama Papers. Parmi les noms des 600 Islandais détenteurs de comptes révélés figurent ceux de l’ex-premier ministre, Sigmundur David Gunnlaugsson, et de deux ministres. Le gouvernement, dont le chef avait démissionné, s’était maintenu, à peine remanié, promettant des élections à l’automne, six mois avant l’échéance normale.

Lire aussi: L’Islande, sanctuaire de la liberté d’expression sur Internet (13.06.2013)

«Cette victoire annoncée d’un parti» surnommé «parti Facebook» et «vieux d’à peine cinq ans démontre, après la façon dont la crise bancaire et la faillite de l’Etat ont été prises en main, à quel point les Islandais se distinguent des citoyens du continent», selon L’Avenir belge. A Birgitta, la perspective paraît «réjouissante», mais aussi «effrayante», puisque idéologiquement, depuis 2009, cette députée et leader médiatique cultive une vulgate libertaire, celle de la gouvernance collective et des structures horizontales – «les Pirates n’ont pas officiellement de chef», explique Radio-Canada, qui l’a rencontrée.

Lire aussi: Le Parti Pirate islandais sort victorieux des élections législatives (03.05.2013)

A ce média, elle explique les principes fondamentaux du Parti pirate. «Ils sont très simples, selon elle. Premièrement, que la population ait un plus grand accès au processus de décision des dirigeants. Deuxièmement, les élus doivent défendre les intérêts des électeurs et doivent être tenus pour responsables de leurs décisions. Troisièmement, les droits fondamentaux des citoyens doivent être adaptés à l’ère numérique. Quatrièmement, l’information qui provient du gouvernement doit être complètement transparente et accessible à tous facilement. Enfin, il faut mettre en place des mesures qui empêcheront tout élu d’être corrompu.»

Alors, «est-ce que l’Islande va être assez courageuse pour dire non» aux politiciens «corrompus» et voter pour le changement? Possible, mais pas certain. Depuis le parcours sensationnel des Vikings à l’Euro de football – battus en quart de finale par la France – beaucoup se disent que tout est possible… avec ce parti qui se dit en réalité ni de gauche ou de droite, que les citoyens trouvent un peu inexpérimenté, mais honnête. Dans un pays qui compte autour de 330 000 habitants, environ 0,45% de la population islandaise adhère au Parti pirate. «A titre de comparaison, s’amuse La Voix du Nord, le Parti socialiste français, avec ses quelque 110 000 adhérents, pour 67 millions Français, peut revendiquer l’adhésion de seulement 0,16% de la population nationale»…

Une rupture avec la pratique traditionnelle

Reykjavik se tâte, donc: faut-il donner congé aux formations historiques de droite? Birgitta dit clairement ne pas vouloir devenir première ministre et préférer, si le résultat des urnes lui est favorable, prendre la tête de l’Alþingi, le parlement monocaméral islandais de 63 sièges, pour en renforcer le pouvoir. Quoi qu’il en soit, l’alliance de l’opposition, annoncée ce jeudi 27 octobre, constitue une rupture avec la pratique traditionnelle en Islande, où les partis avaient l’habitude de se présenter seuls sans dire explicitement avec qui ils comptaient gouverner.

Les sondages sont très serrés, d’après Iceland Review. Selon les projections, les Pirates, avec de 20% à près de 23% des voix – ils ont été évalués jusqu’à 43% à six mois du scrutin – peuvent espérer passer à une quinzaine d’élus, mais certains médias lui en prédisent le double. Ils ont cependant un talon d’Achille: l’Europe. Par «idéal démocratique», ils promettent un référendum sur la reprise des négociations d’adhésion à l’Union européenne suspendues par la droite, adhésion à laquelle une large majorité d’Islandais est néanmoins opposée. Jaloux de leur indépendance, ceux-ci ne veulent voter que pour dire non. Et le Brexit n’a rien fait pour diminuer leur défiance.

Le siège des Pirates islandais s’appelle Tortuga

Dans sa revue de presse internationale, France Culture cite le titre de la Tribune de Genève: «Les pirates à l’abordage du gouvernement». En souriant du fait qu’elle «a fait comme le reste de la presse du monde entier, dans la métaphore Pirates des Caraïbes ou Rackham le Rouge…» USA Today s’est également rendu à Reykjavik pour les rencontrer, ces Pirates. «Et le journal américain d’indiquer que le siège des Pirates islandais s’appelle Tortuga, comme l’île de la Tortue dans les Caraïbes, le fief des pirates des temps passés.»

Plus critique, le Wall Street Journal estime que «les Pirates surfent sur la vague européenne du populisme» et les compare au Mouvement 5 Etoiles en Italie ou à Podemos en Espagne. Et en Grande-Bretagne, poursuit France Culture, The Independent «voit un lien entre cette irruption soudaine des Pirates avec le Brexit et Donald Trump, l’Islande étant à mi-chemin dans l’Atlantique entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Comme une illustration du rejet de la politique traditionnelle et pour un «reboot» de la vie politique. Pour le quotidien londonien, les Pirates sont une collection d’anarchistes, de hackers, de libertariens et de geeks qui voient la politique à travers les sondages en ligne et qui pensent que l’on peut gouverner ainsi.»

Rien ne serait arrivé sans la crise de 2008

«Etrange, pour lui, que ce populisme surfant sur une vague de défiance éclate dans un pays égalitaire, pacifique, prospère et démocratique». Mais le Guardian, lui, «rappelle que rien ne serait arrivé sans la crise de 2008, terrible en Islande, qui a mis le pays «à la une partout dans le monde». Aujourd’hui en Australie, par exemple, «où le Sydney Morning Herald estime que les Pirates une fois arrivés au pouvoir, cela aurait «des conséquences planétaires car cela ferait de l’Islande le havre de tous les lanceurs d’alerte».

Mais qui est Birgitta Jonsdottir? Pour l’AFP, un personnage pour le moins original en politique, «qui s’est fait connaître en dévoilant une vidéo censurée d’une attaque aérienne de l’armée américaine contre deux journalistes de Reuters», lit-on dans Le Devoir de Montréal. Elle incarne aujourd’hui «les Robin des Bois du pouvoir» qui veulent «le retirer des mains des puissants pour le redonner au peuple», selon USA Today.

«Je suis une hackeuse dans l’utérus du système»

Fille d’une chanteuse folk et d’un armateur qu’elle n’a jamais connu, elle a publié son premier recueil de poésie à 22 ans. Editrice web, elle se définit comme «multi-artiste» et une «poéticienne», arrivée en politique par accident: «Je suis une poéticienne, je suis une hackeuse dans l’utérus du système […] J’aide le système à s’écrouler sous son poids/Je sème des graines, des idées, des pensées/Crée de nouvelles structures/de nouveaux chemins», écrit-elle sur sa page Facebook comme si elle slamait.

Adolescente, elle s’amourache de Jon Gnarr, futur acteur et humoriste qui deviendra le maire «punk» de Reykjavik entre 2010 et 2014, porté lui aussi par le cataclysme de 2008, et que l’on verra défiler en drag-queen sur les chars de la Gay Pride islandaise l’année de son élection. La vie ne l’a pas épargnée. A l’âge de 20 ans, elle perd son père adoptif, patron de pêche qui se suicide en se noyant dans une rivière glacée.

Quelques années plus tard, en 1993, c’est son mari, Charles Egill Hirt, épileptique, qui disparaît à l’âge de 29 ans. Son corps n’est retrouvé que cinq ans plus tard. «Cet espace, ici dans le cyberespace, pourrait lui tenir lieu de pierre tombale», écrit-elle sur son blog, une plateforme web passablement déjantée.

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