Quand est-ce que les moines descendront dans la rue et pour défendre quel camp? Depuis le coup d’Etat militaire du 1er février, c’est l’inconnue de l’équation birmane. Ils pourraient en effet faire pencher la balance dans la confrontation en cours entre les militaires et les démocrates. Or, depuis le début de cette crise, ils sont restés sagement dans leurs monastères. Normal, dira-t-on: le clergé bouddhiste n’est-il pas censé être apolitique (il ne vote pas)? Ne doit-il pas s’en tenir à prôner la paix et le dialogue au nom de la foi? C’est oublier l’imbrication du religieux (près de 90% de la population est bouddhiste) et du pouvoir dans un pays dont l’ethnie majoritaire, birmane, s’identifie par sa croyance.

Le clergé s’est régulièrement manifesté depuis l’indépendance de la Birmanie (renommée Myanmar), le plus souvent comme force conservatrice, aux côtés de la junte. Mais pas toujours. Ainsi, en 2007, des milliers de moines manifestaient contre l’augmentation du coût de la vie, prenant le relais de la colère populaire, pour faire reculer les autorités. Cette confrontation-là n’avait pas à proprement parler pris une tournure politique, même si l’on parlait de «révolution de safran» en référence à la couleur des tuniques de certains moines. Mais elle allait participer à la décision de la junte d’entamer, quelques années plus tard, une transition démocratique. C’est ainsi qu’en 2010, Aung San Suu Kyi, leader du camp démocrate, recouvrait sa liberté. Les pressions internationales avaient été déterminantes. Mais la mauvaise humeur des temples avait aussi affaibli le pouvoir des casernes.