Signe le plus flagrant que rien ne va plus sur les marchés des changes, le bitcoin flambe. Si la monnaie virtuelle a vu sa valeur doubler en un an, mais c’est surtout ces dernières semaines que la hausse s’est accélérée.

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Il y a plusieurs raisons à cette envolée d’une «cryptomonnaie» qu’on avait un peu vite rangée comme une innovation intéressante mais fantaisiste qui allait rapidement disparaître ou rester le totem d’un petit groupe d’adeptes, des «geeks» surtout.

D’abord, un effet de raréfaction: dès le mois prochain, le nombre de nouveaux bitcoins mis en circulation va diminuer de moitié. Ensuite, un intérêt marqué d’un grand nombre d’investisseurs chinois pour ce système décentralisé, sans banque centrale.

Surtout, une des raisons avancées par les experts interpelle: à l’instar du franc, qui attire les investisseurs en quête d’actifs sûrs pour placer leur argent, le bitcoin bénéficie des craintes qui entourent le risque d’un retrait de la Grande-Bretagne de l’Union européenne.

Se réfugier dans le bitcoin de peur d’un chaos engendré par un «Brexit»? On ne saurait recommander aux lecteurs un actif plus volatil encore que l’or, auquel on le compare souvent. Pour rappel, le bitcoin, qui valait encore plus de 1000 dollars début 2014, puis un peu plus du quart de cela il y a un an, s’échange aujourd’hui contre 750 dollars.

Mais cette évolution, alors que les tensions s’accroissent à mesure que le vote britannique de jeudi approche, révèle toutes les distorsions actuelles des marchés, inondés par les milliards de dollars des banques centrales.

On ne compte plus la dette des Etats qui génère un rendement négatif – les investisseurs paient pour prêter à la Suisse, au Japon et, dans certains cas, à l’Allemagne, parce qu’ils ne savent pas où le placer. Cela concerne les Etats, mais aussi un nombre croissant d’entreprises, pour qui l’argent devient gratuit. Les monnaies aussi, sont désorientées. Il n’y a qu’à voir le franc, qui ne devrait pas être si populaire, alors que l’économie suisse peine et que les taux d’intérêt sont négatifs.

Il n’y a guère que les bourses, inquiètes elles aussi, qui, logiquement, ont reculé pendant la plus grande partie de la semaine. Dans ce contexte, la flambée du bitcoin est probablement une anomalie des marchés comme les autres.