Revue de presse

La biture du week-end progresse chez les jeunes Suisses

La consommation occasionnelle mais très excessive d’alcool a même davantage augmenté chez les femmes de 15 à 34 ans. C’est le phénomène croissant de la bonne cuite de temps en temps, plutôt qu’un apéro tous les jours

Les jeunes Helvètes tendent à boire moins souvent de l’alcool. Mais plus occasionnellement et en plus grandes quantités. Le constat émane de l’Enquête suisse sur la santé 2017, publiée ce mardi par l’Office fédéral de la statistique (OFS). Si la proportion des consommateurs quotidiens de boissons alcoolisées a diminué de 20 à 11% ces vingt-cinq dernières années, cette baisse ne concerne pas toutes les classes d’âge. La part des consommateurs quotidiens est la plus élevée chez les personnes de 65 ans et plus et n’a pratiquement pas changé depuis 1992.

Aussi à propos de cette étude: La proportion de fumeurs ne baisse pas

La manière a changé

Mais le plus frappant reste que c’est la manière de boire qui a changé. Une augmentation notable de l’ivresse ponctuelle, soit au moins quatre verres en quelques heures pour les femmes et cinq pour les hommes. Sans grande surprise, cette évolution se concrétise en particulier chez les adolescents et les jeunes adultes. Entre 2007 et 2017, la part de ces personnes présentant une consommation occasionnelle d’alcool à risque au moins une fois par mois a augmenté de 19 à 24% dans la tranche des 15-34 ans. Elle a même passé de 12 à 24% chez les jeunes femmes, comme le pointe la Neue Zürcher Zeitung dans le titre de son article: «Le nombre de jeunes buveuses intoxiquées a doublé en dix ans seulement.»

D’où ces remarques d’une internaute de 20 minutes: «L’eau est plus chère que la bière! Après, il ne faut pas s’étonner. L’alcool est responsable de bien des souffrances au niveau privé, professionnel et bien sûr au niveau de la santé avec tout un cortège de conséquences et de (mauvais) comportements. Boire pourquoi, pour oublier? Le lendemain, vos problèmes sont toujours là, l’alcool ne les gomme pas pour autant, en revanche une prise de conscience peut largement y contribuer.»

D’ailleurs, «le vendredi est mon jour préféré» lit-on, à peine rassuré, sur le site Madmoizelle.com. «Et je sais déjà qu’à 18h30, je me trouverai devant un verre de rosé glacé, relâchant toutes mes membranes tendues par une semaine de labeur, avec deux jours pour glander devant moi. Une certaine idée du bonheur. Je sais aussi avec certitude que je ne finirai pas la soirée à vomir/perdre mon portable/ma dignité/trou de mémoire/m’endormir sous une table/trou de mémoire/coucher avec le dernier mec encore debout.»

«Cinq ans de soirées étudiantes» ont en effet enseigné à Queen Camille «l’art de boire sans gâcher [sa] vie, une compétence essentielle pour qui souhaite s’enivrer dans la joie. Boire raisonnablement est un plaisir qu’on découvre en général vers 30 ans, quand ton corps ne te laisse plus le choix. Encore faudrait-il survivre jusque-là, car l’abus d’alcool t’expose à bien des dangers.»

Ce que le gastroentérologue Nicolas Goossens, présent mardi soir sur le plateau du 19h30 de la RTS, confirme. «On consomme environ 10 litres d’alcool pur par année. Et les cuites régulières peuvent mener à des problèmes de foie», dit-il (8e minute):

En avril dernier, un article de Migros-Magazine prétendait aussi que pas mal de jeunes se retrouvent «brisés par l’alcool»: «De nombreux adolescents développent une vie sociale à travers la boisson. […] Mélange de spiritueux sucrés, bières bon marché… Le samedi soir, la jeunesse s’enivre plus que de raison.» Selon un rapport du Monitorage suisse des addictions de l’OFSP de 2017, «près de 40% des jeunes âgés de 20 à 24 ans connaissent l’état d’ébriété au moins chaque mois, et 22% chaque semaine. Les 15-19 ans seraient plus de 12% à boire de façon hebdomadaire de 4 à 5 verres au minimum par occasion.»

Ces chiffres valent pour la Suisse romande, «où l’on boit plus que dans le reste du pays». Mais ce n’est pas une exclusivité. Le binge drinking est un phénomène connu en Europe depuis au moins 2015. On lisait par exemple déjà sur le site de RTL France que les jeunes pouvaient «ingurgiter plus de huit verres d’alcool en une seule soirée. Les filles comme les garçons. Le phénomène de «biture express», qui n’a pour seul but que d’être ivre», explosait dans les pays occidentaux, selon un rapport de l’OCDE.

Pas seulement les jeunes!

Un excellent reportage de 10 vor 10, à la télévision alémanique, le montre également: «Quand on est jeune, on teste ses limites.» Alors, «que faire lorsque le moment est venu de se regarder très profondément dans le verre?» s’y interroge-t-on. «Beaucoup de jeunes femmes soulignent l’importance de sortir avec les bons amis. Prendre soin de l’autre est le credo. Et il faut préciser quand la fête est finie.»

Mais «le binge drinking ne touche pas que les jeunes», écrivait encore en août dernier Le Figaro, ce qui semble être corroboré par l’étude de l’OFS présentée mardi. «Pendant que l’alcoolisation des jeunes est régulièrement pointée du doigt, celle des aînés est, elle, tout à fait tolérée. Or leurs niveaux de consommation ne sont en réalité pas toujours plus raisonnables.»

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