Conférence de conciliation

Black Friday: et dire qu’il suffirait que les gens n’achètent plus

OPINION. Le «vendredi noir» est moins un jour de soldes qu’un programme politique un peu moralisateur. Et, dans le fond, le succès de l’opération ne dépend que de l’adhésion des magasins et de leurs clients. Comme toujours

Vendredi, c’était Black Friday. A moins que vous ne viviez dans une grotte enchaîné à Espace 2, je ne vous apprends certainement rien. Bref, vendredi, je n’ai rien acheté. Pas plus par conviction que par hasard, pour ne rien vous cacher. Franchement, personne n’avait rien demandé. Il y a eu des manifestations pour le climat, l’égalité salariale ou contre les violences faites aux femmes, mais je n’ai pas de souvenir de grands rassemblements de hordes de consommateurs qui réclamaient un jour de «sale» à prix cassés.

Ce vendredi noir s’est imposé à nous comme n’importe quel autre artifice commercial. Il n’est ni moral, ni immoral. Ne m’est ni sympathique, ni antipathique. Des commerçants ont décidé souverainement de brader leurs marchandises un jour par année. Ou de faire semblant. Grand bien leur fasse, tant mieux pour les clients qui font des affaires, tant pis pour les autres.

Sur ce sujet: Pour #BlackFriday, je m’offre un chien, l’Etat sera content

Depuis que quelques enseignes de chez nous ont repris cette pratique aux origines incompréhensibles pour l’Européen moyen que je suis, ordres et contre-ordres se succèdent. On se croirait à l’armée. En deux semaines, on m’a invité à grands coups de pubs noires à acheter tout et n’importe quoi. Sans convaincre.

Merci du tuyau…

Et je me suis fait successivement engueuler par la moitié de mes amis sur Facebook, par quatre chroniques de journalistes engagés, par les manifestants du climat, par les directeurs d’une chaîne de librairies et celui de magasins de chaussures. Tous répétant l’horreur de ce monde d’ultra-consommation et de marchandises, ceux-là mêmes qui d’ordinaire en vendent volontiers. Avec des slogans géniaux sur le fait que l’on ne dépenserait rien si l’on n’achetait rien. Merci du tuyau.

Comme politicien, j’en viens à me sentir coupable. Le sentiment de ne pas en faire assez. Face à ces vendeurs qui nous prient à genoux de leur interdire de vendre à bon marché. Et à ces acheteurs qui, dans un grand élan de générosité, nous supplient de promulguer une loi pour les empêcher d’acheter à bon compte.

«Quand on pense qu’il suffirait que les gens n’achètent plus pour que ça ne se vende pas.» C’est Coluche qui avait eu ce bon mot. Et c’est certainement la réponse la plus sérieuse à toute cette frénésie.


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