«Si tu es réélu, tu choisis EWS ou un 2e UDC au CF?» Texto reçu lundi 19 octobre à 18h26, quelques secondes après un passage à la radio, et quelques minutes avant les sauteries de parti censées préparer le deuxième tour aux Etats. Rapide lexique pour non-initiés: «CF», c’est le Conseil fédéral, «EWS», notre chère Eveline, et «UDC», le parti au centre de tout (mais pas «au centre» du tout).

Je sortais de 10 minutes d’interview à parler de prospérité, et de jolies choses. Par son message, ce militant centriste me dit que mon blabla est bien beau, mais que la seule vraie question pour ma réélection est mon choix du 9 décembre 2015, jour d’élection du Conseil fédéral. C’est l’élément déterminant à ses yeux, bien que ce vote soit le moins important des mille votes à venir du nouveau parlement. Mais voilà, on ne parle que de ça. Lui aussi, donc.

La Suisse change. Quand j’étais à la Radio suisse romande, au siècle dernier, une élection au Conseil fédéral était aussi excitante qu’une émission de télé-achat sans Pierre Bellemarre. L’ennui absolu. Une corvée de service public. Un Blocher plus tard, c’est devenu la finale du Superbowl. Avec Lady Gaga à la mi-temps.

Le pouvoir du conseiller fédéral, lui, n’a pourtant pas changé. Son rôle est toujours aussi faible. Et ennuyeux, pour tout dire. En Suisse, le parlement peut imposer ses choix au gouvernement, l’inverse n’est pas possible. Le Conseil fédéral fait ce qu’il peut, entre le marteau du parlement et l’enclume de l’administration. Le travail quotidien d’un ministre consiste à mettre en œuvre les décisions du «marteau». Forcément mauvaises: si l’idée était bonne, l'«enclume» y aurait pensé. Et le reste du temps, le ministre subit les aboiements de parlementaires qui le trouvent nul, par définition. C’est ainsi qu’ils existent. Et puis, surtout, il y a l’ennui. Des heures à subir les «débats libres». Admirer, immobile, le défilé de mode des parlementaires. Ne pas parler, ne pas bouger. Rester assis six heures, risquer la thrombose. Pire, avoir l’air intéressé par des refrains prévisibles et répétitifs, les trouver beaux et brillants, sans bailler. Ils le font tous. Sauf Ueli Maurer.

Et pourtant, l’élection du Conseil fédéral est un événement. Un show médiatique. Une citation en papable est une consécration politique. Seconds couteaux et candidats alibi entrent en scène. Le 10 décembre, le Parlement pourra reprendre son travail. Sans Lady Gaga ni Blocher. En apparence, l’ennui. En fait, la politique.

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