Depuis quelques jours, il n'est plus de comparaison assez dure pour qualifier la dernière initiative du chef de l'UDC zurichoise, visant à saper les institutions fédérales par le jeu du plébiscite. De «populiste» et «démagogique», on a glissé à «frontiste», puis à «fasciste», et certains des plus hauts dignitaires de la Confédération n'hésitent plus à associer le nom de Christoph Blocher à celui d'Adolf Hitler. Quelques politiciens romands semblent tout guillerets de pouvoir ainsi confirmer à bon marché le rôle d'odieux personnage dans lequel ils aimeraient cantonner Christoph Blocher.

D'où vient donc pareille démesure?

Cette dérive du langage sanctionne certes un grave écart commis par Christoph Blocher. Pour de nombreux politiciens, l'idéologue de l'UDC a franchi la ligne rouge en avilissant le rôle du parlement et des partis. Mais ce n'est là qu'une belle occasion. Car le déferlement vindicatif auquel nous assistons s'explique avant tout par la bataille acharnée qui s'est engagée pour le leadership de la droite alémanique, et donc nationale. Après la gifle qu'ils ont essuyée lors des récentes élections zurichoises, les radicaux ont compris que la progression de l'UDC menace désormais leur influence, leur financement, et affecte même leur rôle et leur fonction gouvernementale.

La majorité des Romands se trompe lorsqu'elle réduit Christoph Blocher à un nostalgique du réduit national, capitalisant sur les angoisses identitaires. Le grand patron d'EMS Chemie est aussi devenu le leader d'un profond courant libéral, dans la pure tradition protestante, en parfaite harmonie avec les principaux dirigeants de l'économie et des pans entiers de l'opinion. Le vote sur l'assurance maternité en a été une illustration.

Cette droite fondamentale, en rupture avec l'esprit rhénan, aime la bagarre et la compétition, rejette les compromis mous, et réclame une redéfinition de l'Etat, particulièrement de l'Etat social.

En Suisse alémanique, elle préfère aujourd'hui l'UDC aux radicaux. Mais rien ne permet d'exclure une implantation en Suisse romande. Car si les refrains nationalistes de Christoph Blocher heurtent, il est vrai, la sensibilité dominante des francophones, y compris au sein de la droite, ses thèses libérales ont un avenir de ce côté-ci de la Sarine.

On ne peut pas confondre Christoph Blocher avec un nain de jardin helvétique. Le diaboliser, c'est le sous-estimer. Plutôt que de le caricaturer ou de l'insulter, la droite traditionnelle serait plus efficace en occupant résolument le terrain du libéralisme.

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