Opinion

Le bois high-tech, filière d’avenir pour la Suisse et le climat

OPINION. L’économie forestière mérite d’être bien mieux valorisée, estime Claude Haegi, président de Lignum Genève. Ses innovations participent à la lutte contre le réchauffement climatique

Notre région alpine est particulièrement exposée au réchauffement climatique. La fonte de nos glaciers en témoigne fortement. Pour y faire en partie face, nous disposons d’une arme défensive redoutable: nos forêts et le bois. Les Rencontres régionales WoodRise 2019 de Genève, lancées par Lignum Genève, en partenariat avec les Lignum romands (association suisse de la filière bois), rassemblent les cantons et des départements français voisins pour provoquer une large sensibilisation et des changements en faveur de l’usage du bois, tant auprès des acteurs professionnels, investisseurs, industriels et constructeurs, que de la population, afin d’élargir l’usage de ce précieux matériau renouvelable et de proximité.

Le monde politique a une évidente influence et devra montrer une détermination grandissante à ce sujet. Il a lieu de souligner l’excellence de la place suisse dans le domaine de la recherche et de l’ingénierie bois, notamment grâce aux formations proposées par les écoles polytechniques fédérales et la Haute Ecole spécialisée bernoise de Bienne ou d’autres HES. Elles remettent le bois – et l’arbre – au cœur d’une forêt dont on sous-estime largement la valeur économique, mais également sociale et environnementale, et ouvrent de nouvelles voies pour l’usage du bois qu’elles produisent durablement.

Derniers remparts contre le réchauffement

Rappelons que les forêts servent également à produire de l’eau et à la filtrer, à produire de l’oxygène, à fixer les sols, à prévenir les catastrophes naturelles et, surtout, à fixer le dioxyde de carbone. Par leurs fonctionnements biologiques, elles constituent l’un des derniers remparts contre le réchauffement climatique. Le bois qu’elles produisent, dès lors qu’il est valorisé sous sa forme première, conserve sa fonction de stockage du dioxyde de carbone. Lorsque ce bois est utilisé comme énergie dans des centrales de chauffe modernes, il affiche un bilan écologique meilleur que celui de toutes les énergies fossiles. Enfin, lorsque la biomasse se trouve des applications industrielles, elle s’impose comme une alternative aux produits pétrosourcés.

Les fibres de bois permettent de fabriquer des matériaux de type fibre de carbone aussi résistants que ceux issus de produits pétroliers

La construction et les nouvelles urbanisations, mieux orientées vers la qualité de vie, ouvrent les plus larges perspectives. Le bien-être des personnes dans un environnement bois est de plus en plus prouvé scientifiquement. Largement préparée et montée en atelier, la construction sur place est plus rapide et propre.

Mais c’est paradoxalement au niveau le moins visible que les progrès sont les plus étonnants dans l’industrie du bois. Les innovations portées par le bois touchent des domaines très divers. Il fait son apparition dans l’industrie textile, dans les produits cosmétiques, dans l’industrie papetière. Les fibres de bois permettent de fabriquer des matériaux de type fibre de carbone aussi résistants que ceux issus de produits pétroliers. On prévoit par ailleurs d’utiliser ces fibres de carbone biosourcées pour en faire, par exemple, des pales d’éolienne.

Concurrence étrangère

On parle des valorisations faites à partir de la cellulose, pour de multiples applications, voire comme stabilisant dans l’agroalimentaire. Certains dérivés du bois constituent des additifs biocompatibles susceptibles d’entrer dans la composition de colles biodégradables: celles-ci pourraient être utilisées dans le domaine de la santé, possiblement pour souder des matières osseuses. Enfin, des combinaisons entre des fibres de bois et des extractibles voient naître des mélanges compatibles avec certaines têtes d’imprimante 3D: on est donc d’ores et déjà en mesure d’imprimer des objets en bois à partir de produits complexes issus du bois.

Ces innovations sont d’autant plus intéressantes qu’une perspective de rentabilité économique suscite un intérêt plus marqué de l’industrie et des marchés pour le bois. Ceci est particulièrement important dans un pays où le coût du travail a continué de croître. L’innovation porte donc de nombreux espoirs, mais c’est une inquiétude de les voir compromis par une concurrence étrangère qui nous conduit à laisser au sol un fort pourcentage de bois pour en importer de pays éloignés à des prix plus bas. C’est une ineptie. Cela doit changer.

En mariant le bois, la high-tech et en assurant une exploitation environnementale et économique de nos forêts, nous agirons efficacement en faveur du climat et du développement durable. Il y a urgence!


Claude Haegi est président des Rencontres WoodRise et de Lignum Genève.


Un billet de blog: Traitement du bois et pesticides.

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