Revue de presse

Comment Bolsonaro s’est acharné sur Titeuf et son «Guide du zizi sexuel»

La «fake news» a fait fortune au Brésil pendant la campagne présidentielle. Mais ce n’était pas la première fois que l’ouvrage d’Hélène Bruller et Zep était instrumentalisé

Président élu du Brésil, Jair Bolsonaro a conquis une partie de l’électorat en s’attaquant à un supposé «kit gay» à destination des collégiens et lycéens, comprenant notamment Le guide du zizi sexuel du célèbre personnage de BD Titeuf, qui raconte sa découverte de la sexualité. Il s’agit en fait d’un ensemble de vidéos et de documents qui devait être distribué en 2011 dans le cadre du projet «Ecole sans homophobie», pour lutter contre l’intolérance envers la communauté LGBT brésilienne. L’initiative en revenait au ministre de l’Education de gauche de l’époque, Fernando Haddad, candidat malheureux du second tour contre Bolsonaro le 28 octobre dernier.

Un «tremplin» pour sa carrière

Le projet a fini par être enterré en raison de protestations de nombreux conservateurs, dont Jair Bolsonaro lui-même, qui a affirmé à la Chambre des députés que ce «kit gay» visait à «favoriser l’homosexualité et la promiscuité». Cela «a été un tremplin pour ma carrière politique», a d’ailleurs reconnu le président élu en avril 2017, dans un entretien au journal social-démocrate O Estado de S. Paulo. Puis, à la fin du mois d’août, alors que la campagne pour la présidentielle battait son plein, le candidat d’extrême droite s’est emparé à nouveau de la polémique lors d’un entretien au Jornal nacional de TV Globo, le journal télévisé le plus suivi au Brésil, comme l’explique cette vidéo du Huffington Post:

Dans cette séquence, il évoque le fameux «kit gay» en brandissant Le guide du zizi sexuel, qui, selon lui, en ferait partie. Mais l’ouvrage de la Française Hélène Bruller, illustré par le Suisse Zep, n’a jamais été acheté par le Ministère brésilien de l’éducation à destination des écoles. Il l’a été par celui de la Culture, pour des bibliothèques publiques. Ce démenti est venu de la maison d’édition de la version brésilienne, qui a décidé de le rééditer dans la foulée.

Du coup, Zep, «entre atterrement et amusement», a été propulsé au cœur de la campagne présidentielle brésilienne, comme il l’a expliqué au Courrier: «Bolsonaro m’a fait une promotion incroyable.» Avant son intervention, Le Guide «n’avait été tiré qu’à 5000 exemplaires là-bas» et à la fin d’octobre, on en était à 12 000, «car de nombreuses personnes ont voulu savoir ce qu’il en était en réalité». Aussi contacté par le HuffPost, Zep disait que, pour lui, c’était «plutôt rassurant d’être détesté par un type pareil». Et il a réagi de la plus belle des manières:

Tout au long de la campagne électorale, les informations les plus farfelues ont circulé sur internet, comme un montage photo montrant Fernando Haddad distribuant des biberons avec des tétines en forme de pénis dans les crèches. «Un de nos plus grands défis sera de susciter une prise de conscience de nos élèves sur des thèmes importants comme la diversité, avec toutes les fausses informations propagées par les partisans de Bolsonaro», explique à l’AFP Luana Fonseca, enseignante de maternelle à Rio de Janeiro.

Mais il n’y a pas grand-chose de neuf dans toute cette histoire. En 2011 déjà, rappelle le magazine Femme actuelle, Bolsonaro avait eu «des paroles violentes concernant l’homosexualité». Selon Le Monde, il s’en était pris «à plusieurs reprises à Dilma Rousseff, présidente de la République du Brésil jusqu’en 2016, pour avoir tenté de sensibiliser les jeunes enfants à l’homophobie dans les écoles lors de son mandat. Lors d’une audition à la Chambre des députés, il lui aurait demandé «d’admettre son amour pour les homosexuels». En vue d’une enquête à ce sujet, l’homme politique [avait] répondu qu’il ne «répondrait que sur du papier toilette», car l’aile gauche du parti des travailleurs, le PSOL, était «un parti de connards et de pédés».


En France aussi…

En France, Le Guide a aussi été l’objet d’une fausse rumeur sur les réseaux sociaux, selon laquelle il était «recommandé» pour les enfants par le rectorat de Paris. Il s’agissait en réalité d’une intox, démentie à 20 minutes par le rectorat de l’Académie de Paris. Contactée, l’institution affirmait «avoir autre chose à faire […] que de commenter ce genre d’imbécillités». Et puis, «l’instrumentalisation» de cet ouvrage «n’est pas nouvelle non plus». En 2014, l’exposition Zizi sexuel, vue également à Palexpo-Genève, avait «suscité son lot d’oppositions, sous la forme d’une pétition lancée par l’association SOS Education, qui s’indignait que des sorties scolaires y soient organisées».

Publicité