Depuis novembre 2020, l’ex-président américain Donald Trump continue de propager l’idée fallacieuse selon laquelle la présidentielle lui aurait été volée au profit du démocrate Joe Biden. Un scénario propre aux Etats-Unis? A quelques milliers de kilomètres plus au sud, Jair Bolsonaro, actuel président du Brésil, applique la même méthode. S’il perd la présidentielle d’octobre face au revenant Luiz Inacio Lula da Silva, 76 ans, qui mène les sondages de près de quinze points, il pourrait très bien ne pas en reconnaître le résultat. Il fustige lui aussi l’intégrité du système électoral, recourant aux mêmes arguments captieux des trumpistes, selon lesquels les machines de vote électroniques ne seraient pas fiables.

Sa gestion désastreuse de la pandémie de Covid-19 – selon lui, le vaccin peut causer le sida – n’a rien à envier à celle, tout aussi calamiteuse, de Trump. Les évangéliques, qui sont plus politiques que religieux, le soutiennent pour les mêmes raisons qu’ils ont soutenu l’ex-président américain: refus viscéral de la gauche, opposition musclée au droit à l’avortement, dérégulation de l’économie. La volonté de Bolsonaro de se maintenir au pouvoir a la même finalité que celle de Trump de se présenter à la présidentielle états-unienne de 2024: échapper aux griffes de la justice, qui mène plusieurs enquêtes sur l’un et l’autre.

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Steve Bannon en embuscade

Leurs équipes entretiennent d’ailleurs des contacts très étroits. Donald Trump Jr, le conseiller Jason Miller et le gendre, Jared Kushner, y ont fortement contribué. L’ex-stratège de Trump, Steve Bannon, voit dans le Brésil une occasion unique d’étendre son mouvement d’extrême droite nationaliste. Le fils Bolsonaro, Eduardo, est la courroie de transmission entre les deux. Il était d’ailleurs à Washington le 6 janvier 2021, lors de l’assaut du Capitole, et son nom est apparu dans les travaux de la commission d’enquête du Congrès.

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Brésil, Etats-Unis, même combat? Pas vraiment. La contestation de l’élection de Biden et le coup d’Etat avorté des trumpistes ont buté sur une relative solidité des institutions. Mais au Brésil, qui est sorti de la dictature il y a un peu moins de quarante ans, ces dernières demeurent fragiles. Nombre de leaders militaires sont à l’affût et jusqu’à neuf généraux ont eu des postes de ministre sous Bolsonaro, dont l’actuel vice-président. Plusieurs d’entre eux contestent le système électoral. Quand on sait que le maître de Brasilia est nostalgique de la dictature militaire, on comprend vite quel est l’enjeu majeur du scrutin présidentiel brésilien de cet automne.


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