éditorial

Bombe coréenne

Essai transformé. Pour ceux qui en doutaient encore, la Corée du Nord est bien la neuvième puissance nucléaire

Essai transformé. Pour ceux qui en doutaient encore, la Corée du Nord est bien la neuvième puissance nucléaire. En procédant lundi à l’explosion souterraine d’une bombe, confirmée par les Russes, dont la puissance équivaut à celle larguée par les Américains sur Nagasaki en 1945, Pyongyang rejoint le club très fermé des détenteurs du feu atomique. Un premier essai, en octobre 2006, fut qualifié de «pétard mouillé» par certains experts, et les Etats-Unis refusaient de considérer le régime de Kim Jong-il comme un Etat nucléaire. Le doute n’est désormais plus permis.

A l’heure où Washington relance l’idée d’une diminution des armements nucléaires à travers le monde, c’est la douche froide. La Corée du Nord était déjà considérée comme le principal Etat proliférateur – au profit de la Syrie ou de l’Iran – et cette dernière bravade fait une nouvelle fois craindre que le Japon ne lui emboîte le pas.

Pyongyang avait annoncé la couleur: faute d’excuses de la part de l’ONU – qui avait condamné en avril un tir de fusée nord-coréen considéré comme un missile à longue portée – ce serait la bombe. Kim Jong-il est passé d’autant plus volontiers aux actes que lors du premier essai, cela s’était révélé payant. Non seulement la provocation n’avait pas été suivie de sanctions supplémentaires, mais elle avait abouti à un assouplissement de la position américaine avec la signature d’un nouvel accord-cadre de négociation en février 2007.

Ce second essai répond à deux impératifs: sur le plan intérieur, il s’agit pour un Kim Jong-il jugé mourant de réaffirmer sa suprématie au moment d’assurer une succession qui demeure un sujet de tension dans un régime particulièrement opaque. Sur le plan international, la tactique du dernier résidu stalinien est toujours la même: monnayer sa capacité de nuisance pour obtenir de l’aide alimentaire et énergétique ainsi que forcer les Etats-Unis à négocier d’égal à égal.

Pyongyang veut contraindre Washington à prendre en considération ses revendications en matière de sécurité avec à la clé un accord de paix et l’établissement de relations diplomatiques en échange d’un gel de ses activités nucléaires. Lors de la campagne présidentielle, le candidat Obama parlait de dialogue avec la Corée du Nord. Depuis son élection, il a eu trop de feux à éteindre pour se préoccuper des Nords-Coréens. Il lui sera difficile désormais d’ignorer Kim Jong-il.

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