Santé

La bombe à retardement

ÉDITORIAL. Dans un contexte tendu par la hausse des primes d'assurance maladie, le rapport d'un groupe d'experts arrive à point nommé. Les mesures qu'il propose doivent être examinées sans a priori idéologique, sans quoi ce thème risque de devenir le nouveau cheval de bataille des populistes

Tous les signaux sont au rouge dans le domaine des coûts de la santé. Partout en Suisse, de Genève à Romanshorn, de plus en plus de citoyens se sentent étranglés par la hausse moyenne de 4% par an de leur prime d’assurance maladie. Au bout du Léman, deux mères de famille ont fait descendre 500 personnes dans la rue. Outre-Sarine, ce n’est pas beaucoup mieux. Le canton de Lucerne, qui a mal à ses finances, a décidé de réduire le montant affecté aux subventions pour les primes maladie. Or, il l’a fait avec effet rétroactif et réclame aux plus vulnérables de ses contribuables le remboursement de montants qu’il leur a déjà versés pour 2017, ce qui est indigne d’un Etat de droit.

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Dans ce contexte, le rapport d’un groupe d’experts chevronnés arrive à point nommé. Bien sûr, il ne résout rien dans l’immédiat. Mais il a le grand mérite de tirer la sonnette d’alarme sur le talon d’Achille du système de santé suisse. Certes, ce dernier reste qualitativement bon, mais il est devenu trop cher, beaucoup trop cher aux yeux des assurés en tout cas.

Que le Conseil fédéral ait annoncé des mesures pour renforcer sa lutte contre la hausse des coûts en même temps qu’il dévoilait ce rapport apparaît malheureux avec le recul. Les détracteurs du rapport y ont vu la volonté du ministre de la Santé, Alain Berset, de «s’accaparer tout le pouvoir» alors que plusieurs membres du panel d’experts témoignent que jamais leurs débats n’ont été de nature politique.

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C’est bien là que le bât blesse. Il est grand temps de dépolitiser le débat. A gauche, on considère toujours les caisses et la médecine privée comme les «grands méchants» du système. Pourquoi ne pas envisager des partenariats public-privé lorsqu’ils font sens, comme à Fribourg dans le traitement du cancer du sein? Quant à la droite, si libérale sur le papier, elle se montre bien timorée lorsqu’on envisage de lever le principe de territorialité qui règne dans le secteur des médicaments et des appareils médicaux.

A terme, les coûts de la santé sont une bombe à retardement qui pourrait exploser ailleurs que prévu, soit dans le dossier de la libre circulation des personnes. L’UDC, qui veut ici dénoncer l’accord que la Suisse a passé avec l’UE, a toujours prétendu que cet accord n’avait pas contribué à améliorer le bien-être des citoyens. Or, ceux-ci sont de plus en plus nombreux à avoir le sentiment – plus ou moins justifié – que leur pouvoir d’achat régresse plutôt qu’il ne croît. Et les coûts de la santé, qui augmentent cinq fois plus vite que les salaires, ne sont pas étrangers à ce sentiment.

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C’est une raison de plus d’examiner les diverses mesures proposées sans a priori idéologique. Pour que ce thème ne devienne pas le nouveau cheval de bataille des populistes de tout poil.

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